LA TECHNE: TECHNIQUE, ART, TRAVAIL
Ou: du Sens de la « Vie proprement Humaine»

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Introduction

1.La techné:indice et symbole de l’Homme

2.Les éléments de la Technique comme phénomène irréductiblement culturel

(1) La Technique occupe et dynamise l’Espace et le Temps de notre existence culturelle
(A) L’Espace synchronique d’un «système»
(B) Le Temps évolutif de l’ «innovation»
(2) L’ «outil» n’es pas un objet
(3) La main n’est pas une patte
(4) L’Intelligence systématique de la Technique est porteuse d’Histoire comme évolution culturelle procédant par étapes rigoureusement ordonnées, donc d’Epoques

3.Un obscur Désir de Technique: toujours en même temps auto-appropriation et auto-aliénation.
3.1 L’enjeu historique de cette phénoménologie
(A) La Technique comme voie d’auto-appropriation: l’exemple de la Préhistoire/Protohistoire

(B) La Technique comme instrument auto-aliénation: la «condition de l’homme moderne»

INTRODUCTION

I. DE L’UNITÉ « ÉTYMOLOGIQUE » ET SUBSTANTIELLE DE LA TECHNÈ À LA DYADE/TRIADE TECHNIQUE-ART-TRAVAIL – Le mot grec «techné» nous ouvre un champ sémantique d’où émanent à la fois la dyade Technique/Art et la triade Technique/Art/Travail. Technè signifie en effet, évidemment, «Technique», mais aussi «Art», et ceci à la fois dans le sens des «Beaux-Arts» et du «Travail» dans les sens des «Arts et des Métiers».

Cela vient du fait que celles de la Technique de l’Art et du Travail constituent trois dimensions de notre Existence qui se renvoient mutuellement – il faut bien travailler pour acquérir/produire une « technique », et inversement il faut bien une technique pour exécuter n’importe quel genre de travail – et qui apparaissent par conséquent simultanément dès que l’Homme apparaît, en représentant le critère même de son avènement dans l’Histoire de l’Univers. En tant que tels – nous venons de le dire [Culture §1] – ils sont donc les éléments fondateurs de ce cheminement d’auto-appropriation collective de l’Homme par l’Homme, qui fait l’essence de la Culture.

II. LE DYNAMISME D’UNE DIALECTIQUE – Or que la dyade/triade Technique/Travail – la Techné comme «Art» et comme «Métier» – soit en tant que telle un «outil» fondamental pour que la Conscience humaine parvienne à soi-même, ceci est bien évident, depuis toujours: toutes les mythologies l’affirment (cf.la Genèse [T292 CDP 71 et T320] Les œuvres et les jours d’Hésiode le Prométhée enchaîné [et ensuite] libéré » d’Eschyle), ainsi que tous les penseurs le confirment : depuis Platon [T309] jusqu’à Hegel [T322], Marx [T322], Durkheim…

Pour cette même raison, toutefois, la Technè participe en protagoniste indiscuté à cette phase d’auto-aliénation qui nécessairement précède – comme nous le savons désormais très bien – le moment ou cette même Conscience s’approprie sa «dialectique interne» en décidant de rebrousser chemin et de «rentrer chez soi». Selon le phénoménologue Martin Heidegger (CDP 490) l’essence même de la techné est dans l’«Oubli de l’Etre»

III. EN SYNTHÈSE, UNE SEULE QUESTION: CELLE DU SENS DE LA «CULTURE», À SAVOIR DE LA VIE PROPREMENT HUMAINE – L’évidence de cette dialectique d’une auto-appropriation qui se fait grâce à une préalable auto-aliénation est à elle seule capable d’expliquer tous les plus grands paradoxes jaillissant du cœur d’une telle problématique:

(1)(A) Si la «Technique» construit un monde de purs «moyens», à savoir d’ «outils» tout simplement «utiles»… pourquoi: est-elle devenue une fin en soi? «A quoi sert l’Utilité?» – se demande H. Arendt en T317. (B) Et pourquoi, d’autre part, l'objet «technique» est-il depuis toujours – et plus que jamais maintenant – le porteur indiscuté d’une valence purement esthétique qui, à elle-seule est – dirait-on – le moteur principal de tout le «marché du Travail»? et donc de la «Croissance» et du Progrès qui en suit?

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(2) (A) Inversement, si l’objet «artistique» est en lui-même, par son essence, une production parfaitement inutile, pourquoi depuis les tréfonds de la Préhistoire tout outil «utile» (a) est mis au – très laborieux – service de la production d’«objets inutiles»?; (b) est infailliblement enrichi avec des décorations qui n’ont aucune utilité?; (c) est lui-même utilisé – mieux: «inutilisé» – comme objet purement décoratif ? (B) D’autre part, si l’essentielle inutilité de l’objet artistique est due au fait que l’Art n’est que recherche «gratuite» de la «Beauté en soi», pourquoi énormément d’œuvres artistiques sont depuis toujours – pas que dans l’Art Contemporain – dépourvues de toute beauté, voire très moches ?

(3)(A) Si le Travail est le véhicule d’une auto-appropriation par là même libératrice pourquoi depuis toujours l’Homme veut se libérer du Travail, dont l’étymologie est en fait celle d’une «instrument de torture» [trepalium] ? (B) Inversement, si le Travail n’est, à l’opposé, qu’un simple moyen, un outil de «torture» excogité par l’animal homme pour subvenir à la nécessité de « gagner sa vie », pourquoi le Chômage représente-t-il l’une des tortures les plus horribles que l’ «homme moderne» connaisse [T317D]? (C) En Synthèse : pourquoi autant de suicides dus au Travail ?... et pourquoi autant des suicides dus au Chômage? [cf.T320A!]


Le FIL CONDUCTEUR de la réponse – essentiellement unitaire – à cet ensemble de questions est finalement celui qui nous conduit depuis le début: il s’agit de la question du Sens de la Culture, à savoir de la "Vie proprement Humaine".

«Qu’est-ce l’Homme?» se demande Kant à l’issue de la Critique de la raison Pure [cf. CDP 292, à intégrer!]: il est un «animal» – répond-t-il en parfait anti-eudémoniste dans la Critique du Jugement [T301 CDP 319] – qui cherche et trouve le Sens de sa vie terrestre – son «ergon» – non pas dans la Recherche du Bonheur [cf.T250, T248(B)] mais dans la Culture comme «aptitude d’un être raisonnable à des fins quelconques».

En d’autres mots, l’Homme est un animal «culturel» en ce que son essence est dans le travail de production d’un Sens, en général: ce n’est donc pas de la recherche de l’Utilité qui s’origine la Technique (pourquoi décorer un outil?); ce n’est non plus de la recherche de la Beauté qui s’origine l’Art (pour cela est largement suffisant de contempler un coucher de soleil); et finalement ce n’est pas sous la coupe de la Nécessité (qui de sa part régit toute la Création dépuis la Nuit des Temps) que nait le Travail. Il est plutôt question, dans tous ces cas, d’ une seule et même Conscience qui en se faisant Culture se cherche et cherche son Sens, très souvent éblouie par sa complète et effrayante absence [cf.Levi-Strauss T307 CDP 554]