CAHIER DE TEXTE

La Philosophie est "amour de la Sagesse", et le Philosophe est son époux, car il a compris qu'elle est la mère de tous les biens:

«Je suis moi-même un mortel, semblable à tous et descendant du premier qui fut formé de terre. 2 J'ai été formé quant à la chair dans le sein de ma mère, pendant dix mois prenant consistance dans le sang, par la semence de l'homme, durant le repos du sommeil. 3 Moi aussi, à ma naissance, j'ai respiré l'air commun à tous, je suis tombé sur la même terre, et, comme celui de tous, mon premier cri fut un gémissement. 4 J'ai été élevé dans des langes et avec des soins infinis. 5 Aucun roi n'a eu un autre commencement d'existence. 6 Il n'y a pour tous qu'une seule manière d'entrer dans la vie et d'en sortir. 7 C'est pourquoi j'ai prié, et la prudence m'a été donnée; j'ai invoqué, et l'esprit de sagesse est venu en moi. 8 Je l'ai préférée aux sceptres et aux couronnes, et j’ai estimé de nul prix les richesses auprès d'elle. 9 Je ne lui ai pas égalé les pierres les plus précieuses, car tout l'or du monde n'est auprès d'elle qu'un peu de sable, et l'argent, à côté d'elle, doit être estimé comme de la boue. 10 Je l'ai aimée plus que la santé et la beauté; j'ai préféré la posséder plutôt que la lumière, car son flambeau ne s'éteint jamais. 11 Avec elle me sont venus tous les biens, et des richesses innombrables sont dans ses mains. 12 Et je me suis réjoui de tous ces biens, car la sagesse les amène avec elle; j'ignorais pourtant qu'elle en était la mère. 13 Je l'ai apprise sans arrière-pensée, et je ne cache point ses trésors. 14 Car elle est pour les hommes un trésor inépuisable; ceux qui en usent ont part à l'amitié de Dieu, à qui les recommandent les dons acquis par l'instruction" [Salomon, Le livre de la Sagesse]

Or, "La Sagesse est brillante...- continue le Roi Philosophe à propos de son épouse -... et son éclat ne se ternit pas; facilement on l'aperçoit quand on l'aime, facilement on la trouve quand on la cherche. 13 Elle prévient ceux qui la cherchent, et se montre à eux la première. 14 Celui qui se lève matin pour la chercher n'a pas de peine: il la trouve assise à sa porte. 15 Car penser à elle [cogitare de illa] – c'est la perfection de la prudence, et celui qui veille à cause d'elle sera bientôt libre de soucis; 16 elle-même va de tous côtés chercher ceux qui sont dignes d'elle, elle se montre amicalement à eux dans leurs voies, et les assiste dans tous leurs desseins..."

Telle une mère tendrement soucieuse du bien et de l'éducation de son enfant, la Sagesse vient donc à notre rencontre et, comme les mamans des fables, elle nous fait cadeau de quatre objets magiques, qui nous protegerons tout au long de notre effrayante (mais bien passionnante!) traversée du Grand Océan de Tous les Savoirs

Ces quatre objets sont: la Graine, le Coeur, le Feu, et un couple inséparable: le Compas et son ami le Pendule.

graine coeur feu compas

La Graine viendra à notre secours quand nous aurons peur d’affronter l’hiver de notre esprit, et que nous penserons que rien ne peut pousser dans la terre de notre pensée, étant donné que rien n’a encore poussé. Cette précieuse amie viendra alors chuchoter dans nos oreilles que l’hiver de notre persevérance n’est que le berceau du printemps de notre fécondité.

Le Cœur sera un compagnon de voyage irremplaçable, car aucune pensée ne peut surgir en nous sans son consentement, et qu’aucun amour – même le plus sublime et spirituel, comme celui du Philosophe pour sa bien aimée, la Sagesse – ne pourra jamais tout seul nous orienter vers notre Bien, si nous ne sommes pas capables d’entendre la voix subtile de ses palpitations.

Le Feu brûle dans notre esprit… même si nous ne le savons pas encore. Nous devrons dès lors apprendre à en reconnaitre la lumière – à reconnaitre qu’elle est notre lumière – toutes les fois que nous la projetterons sur la paroi de la Caverne. Il sera notre guide pour en sortir : mais il faudra que nous apprenions à familiariser avec une nature si délicate et fuyante.

feu

Le Compas et le Pendule nous font cadeau de la magie la plus étincelante et oubliée : celle qui sait faire spontanément jaillir du monde qui nous entoure des formes aussi parfaites que transparentes à notre âme… si seulement nous aurons la gentillesse de le leur demander avec courtoisie, comme le Roi du Petit Prince sait le faire

feu