Le YOGA AUX TEMPS DE LA NEURO-PHILOSOPHIE

ACCLAMATION DU YOGA-PHILO!

PAR ACCLAMATION - comment le dire autrement - le YOGA-(NEURO)PHILO - fait son entrée dans nos cours. Ci-dessous les compte-rendus de ces premiers moments introductifs, qui sont déjà sur Pronote.


INTRODUCTION au Yoga-(Neuro-)Philo(PDF) - BISMUTH 23-9


INTRODUCTION au Yoga-(Neuro-)Philo(PDF) - PLATINE 2-10


INTRODUCTION au Yoga-(Neuro-)Philo (PDF) - NICKEL 7-10


INTRODUCTION au Yoga-(Neuro-)Philo (PDF) - ARGENT 9-10


Yoga est incarner sa propre voix (PDF) - BISMUTH 30-9, PLATINE 5/6-10

Premier mouvement: le yoga du COGITO SUBSTANTIEL

La "situation" de Descartes

Depuis toujours la philosophie-pour-de-vrai se fait de DEUX façons à la fois: d'un côté la théorie, comme spéculation abstraite sur la nature et la structure des choses - celle que ci-dessous - dans le Bagavad-gita - Krisna appelle "la connaissance selon le samkhya" (=théorique); de l'autre l'imprégnation, l'incorporation de ses principes par le philosophe déterminé à les mettre en pratique, celle que Krisna appelle la "connaissance selon le yoga":

« Tu as reçu de Moi (Krisna) jusqu'ici, la connaissance selon le SAMKHYA. Reçois maintenant, ô Arjuna, cette connaissance selon le YOGA qui permet d'agir sans être lié à ses actes. Quand cette intelligence te guidera tu pourras briser les chaînes du karma » (Bhagavadgita II, 39)

Ceci est vrai pour toutes les écoles de sagesse qui se sont succédées dans l'histoire. Ainsi, les Bouddhistes pratiquent le Mahasatipattanasutta - le "Grand Discours" (maha-sutta) très dense et succint de pratique méditative visant l'"établissement de l'attention" (sati-pattana) - ; les Stoïciens quant-à eux se promenaient avec dans la poche le Manuel d'Epictète, les moines du Haut Moyen Âge ont fait la nouvelle Europe en pratiquant (en en faisant pratiquer) la Règle de Saint Benôit, puis cela sera le tour de l'Intinéraire de l'âme à Dieu", de Saint Bonaventure, ou encore ensuite les "Exercices spirituels "...pour se vaincre soi-même et régler sa vie sans se déterminer par aucune affection désordonnée" de Ignace de Loyola etc. etc. etc.

René Descartes se trouve en pleine continuité avec cette double démarche de notre intelligence philosophique (son Discours de la Méthode "...pour bien conduire sa raison et chercher la vérité dans la science", ses Règles pour la direction de l'esprit pour "le diriger de manière à ce qu’il porte des jugements solides et vrais sur tout ce qui se présente à lui" sont bel et bien des "manuel" de ce type). Et il en partage un principe fondateur: il n'y a pas moyen que j'arrive à conduire mes actions de tous les jours en cohérence avec mes pensées (principes, objectifs, désirs...) si tout d'abord je n'arrive pas à conduire mes pensées en cohérence avec elles-mêmes.

Cela signifie avoir compris que c'est en premier lieu sa propre pensée purement théorique (sans objectifs pratiques dans l'immédiat) que le sujet se doit de "bien conduire", S'IL VEUT ATTEINDRE SES CIBLES (N'IMPORTE LESQUELLES).

La pensée contemplative devient alors elle-même une "pratique" visant à une réelle incorporation, de la part du sujet, des principes (cohérence, pleine acceptation des faits tels qu'ils se présentent (probité), riguer et non ambiguïté/obscurité du langage...) que jusqu'à présent nous nous étions bornés à vaguement déviner (et encore) par des lueurs occasionnelles, papillonantes et distraites de notre esprit, toujours occupé ailleurs.

C'est pour cette raison qu'à l'entrée de ses Méditations Métaphysiques Descartes previent le lecteur sur la nature à la fois "samkhya" et "yoga" de son texte:

« Je ne suis pas un auteur pour tout le monde, mais seulement pour ce qui peuvent et veulent sérieusement méditer avec moi, détacher l’esprit des sens ainsi que de tous les préjugés, lesquels je sais qui ne sont qu’en fort petit nombre. - Mais pour ceux qui , sans se soucier beaucoup de l’ordre et de la liaison de mes raisons, s’amuseront à syndiquer et épiloguer sur chacune des parties, comme font plusieurs, ceux-là, dis-je, ne feront pas grand profit de la lecture de ce traité »

Vous les reconnaissez? ..."ceux qui , sans se soucier beaucoup de l’ordre et de la liaison de mes raisons, s’amuseront à syndiquer et épiloguer sur chacune des parties, comme font plusieurs...": bonjour le Système 1! Bonjour les accoucheurs de vent de Plutarque!. Et ça, il me semble, vous les acclamateurs-du-yoga ne l'aimez pas tout à fait... d'où votre plébiscite.

Comme Premier Mouvement de notre YOGA-(NEURO)PHILO nous nous apprêtons dès lors à "méditer avec Descartes".

CLAUDAM NUNC OCULOS, AURES OBTURABO, AVOCABO OMNES SENSUS...

Au fait, confronté à une telle impressionante convergence d'intentions de votre part, et sur un but ô combien noble et vénérable, j'ai pensé, chers élèves, de reprendre "selon le YOGA" tout ce que nous avons déjà travaillé "selon le SAMKHYA" autour de la Conscience et de la Substance.

Mes croquis au tableau, ma façon d'agencer les mots d'explication ont d'ailleurs ciblé, dès le début, cette pleine compréhension que seule une fixation méditative des concepts peut garantir. Donc, ces mêmes CROQUIS ET FORMULES que vous avez déjà notés en classe vont nous servir comme SUPPORTS DE MEDITATION. Objectif: produire dans son esprit cette capacité à la fois d'ECOUTE - en "conception-germination" (Plutarque) - et de COHERENCE LOGIQUE - en "enfantement": lorsqu'il s'agit de les exprimer - qui sont la clé de voûte pour réussir non seulement l'Explication de texte et la Dissertation au BAC, mais carrément dans la vie.

Or, étant donné le titre que j'ai choisi pour cette page (YOGA-(NEURO)PHILO) il est bien d'établir tout d'abord le Triple Principe Fondateur de toute méditation visant la connaissance:

1 le Principe de Probité (Nietzsche): on se tient rigoureusement à ce qu'on a devant soi, sans le DEPASSER par nos interprétations, en nous laissant tenter par notre désir que son sens soit celui que nous sohaiterions.

2 Sauver les Phénomènes (Platon): si l' on ne dépasse pas par nos propres projections arbitraires ce qui se manifeste (="phénomène") à notre conscience/perception, on ne l'EFFACE non plus. Le "phénomène" est là devant nos yeux et sa présence telle qu'elle est doit être sauvegardée coûte que coûte.

3 Suspension du Jugement ou "ÉPOKÉ" (Descartes). Dans son célèbre L'Art de la Guerre, Sun-Tzu écrit "reste immobile et silencieux comme un esprit de la terre jusqu'à ce que l'ennemi n'ait pas clairement montré sa forme". De même nous: que la bavardise de notre Système 1 soit maîtrisée: que notre compulsion à tout savoir juger (=identifier) dans l'instant soit contrôlée par notre Système 3, jusqu'à ce qu'un raisonnement (Système 2) logiquement impeccable n'ait fondé un jugement fiable à son égard.



(I) PENSER SON CERVEAU AVEC SON CERVEAU (KAYANUPASSANA) - Ainsi équipés, nous interpellons premièrement le sens de ce fameux troisième oeil que la brain imagery nous a montré s'illuminer lors de tout effective activité de pensée.

ce n'est pas le cerveau qui réfléchit mais le sujet avec son cerveau

Lorsqu'en parlant de la nature "purement intérieure" du phénomèene de la subjectivité j'ai affirmé que ma conscience n'est pas "dans ma tête" (où il n'y a que la matière de mon cerveau) mais bien "dans moi", Yvon a riposté : "Mais, où alors??? Vous êtes d'accord que c'est le cerveau qui réflechit!" - Et moi de contre-riposter:"Et bien non cher Yvon! (Madame la PROBITÉ et Madame la Grammaire Française prétendent que) je réfuse de m'approprier les paroles des bandes dessinnées pour parler de choses si importantes...

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Que je dise plutôt, tout simplement, "Yvon réfléchit (s'il parvient à maîtriser son Système 1!) AVEC son cerveau, de même qu'il marche AVEC ses jambes (je ne dis pas: "c'est les jambes qui marchent"!). D'autre part, je SAUVE LES PHÉNOMÈNES en constatant que la seule manière connue pour que notre cerveau mette ses énergies dans le cortex préfrontal plutôt que les laisser dans l'arrière-garde des automatismes neuronaux, est que NOUS REFLECHISSIONS en (ô combien) pleine présence de nous-mêmes!

MAIS ATTENTION! Prétendrions-nous, dès lors, que l'on puisse AUSSI penser SANS cerveau? Certes NON! Nous n'en savons rien! ÉPOKÉ !... notre jugement doit s'empêcher d'interpréter les faits avant de les avoir constatés en leur pure et simple façon de se manifester

Or c'est bien ce simple CONSTAT qui, dans ce cas, nous demande un effort de YOGA. Quel constat au juste? Le constat que pour N'IMPORTE QUELLE PARTIE DE NOTRE CORPS - et donc pour le CORPS lui-même, en sa totalité - vaut bien ce que nous venons de dire pour les jambes et le cerveau: CE N'EST AUCUNE des parties de notre corps qui fait "elle-même" ce que NOUS faisons AVEC elle. Donc, nous ne sommes AUCUNE des parties de notre corps, ni le corps lui même en sa totalité: nous en sommes distincts et nous pouvons le contempler comme de l'extérieur. Cette méditation achève donc celle que nous faisons au début de nos cours :"voilà mes pieds... je ne suis pas mes pieds" etc.

Elle est appelée, dans le Mahasatipattanasutta "kayanupassana": "contemplation du corps en tant que corps":

Quelles sont les quatre bases de l’attention (SATI)? - Voici, ô bhikkhu (moine)! Premièrement, un bhikkhu demeure dans la contemplation du corps en tant quecorps. Résolu, avec claire compréhension, observant attentivement et ayant écarté la convoitise et les soucis liés au monde. [...]

Ainsi il demeure stable, considérant le corps intérieurement. Et il demeure considérant le corps extérieurement. Il demeure considérant le corps intérieurement et extérieurement. Il demeure considérant l’apparition des choses dans le corps; il demeure considérant la disparition des choses dans le corps ; il demeure considérant l’apparition et la disparition des choses dans le corps.Et il se dit donc: " Voilà le corps". Cette introspection est présente à lui, seulement pour la connaissance, seulement pour la réflexion, et il demeure libéré et ne s’attache à rien dans le monde. C’est ainsi, aussi, ô bhikkhu, qu’un moine demeure considérant le corps.