LA LIBERTE et le DEVOIR



0. LIBERTE et DEVOIR: une COINCIDENTIA OPPOSITORUM

La dyade Liberté & Devoir constitue celle que Cuse appelait un «coincidentia oppositorum»: une Synthèse, donc, de deux pôles, où l'un (la "Thèse") n’acquiert une Identité claire et distincte que grâce à celle – anti-thétique – de son opposé.

Le lieu où cette Synthèse se fait n’est autre que cette Unité Dialectique du Moi que nous interpellons depuis le début.

La notion de Liberté se propose en effet – c’est son incontournable phénoménologie – tout d'abord dans l’idée négative de la « licence » comme absence de toute contrainte. Cette liberté/libertinage est destinée toutefois à se transformer dans son contraire: un esclavage au monde du Désir non pas «libéré» mais bien déchaîné [cf. cours sur le Désir].

A l'opposé, le Devoir nous s’impose tout d’abord – c’est son incontournable phénoménologie – comme une pure et simple contrainte… elle aussi toutefois destinée – car ce n’est que l’autre facette de ce même processus – à se révéler comme une nécessité essentiellement libératrice.

Un seul et même processus amène donc ces deux Contrairer à coïncider : la Liberté à se faire Devoir (= Droit Universel), et le Devoir à se faire Liberté (= Principe Universel d’Autonomie).

Or, comme je viens de le dire, ce processus n'est que celui d’une progressive Prise de Conscience de la parte d'un "MOI" - un "je suis", un "je pense"...- qui irrésistiblement chémine (c'est son Destin) sur la Voie de l'Auto-appropriation. Nous verrons par conséquent que la Liberté et le Devoir peuvent être pensés comme les traits respectivement «0» et «7e» de la Conscience, en sa nature essentiellement dynamique et évolutive, que nous connaissons désormais très bien.


1.LES TRAITS FONDAMENTAUX DE LA LIBERTE

I.POSITIVE ET NÉGATIVE – La liberté est une réalité essentiellement polaire

(1) LA LIBERTE NEGATIVE (« ABSENCE DE » ET PURE « POTENTIALITE DE »)
(2) LA LIBERTE POSITIVE (CONDITION ABSOLUE ET ACTUELLE DE L’ETRE DU SUJET AGISSANT)

II.LIBÉRATION – Cette polarité interne dispose la vraie Liberté à l’aboutissement d’un processus dynamique – dialectique/évolutif – de libération

(3) LE RAPPORT DIALECTIQUE ET EVOLUTIF ENTRE CES DEUX POLES
(4) LES « LIMITES » DU LIBRE ARBITRE ET DE L’ELEUTHERIA

III.EVIDENCE PRIMORDIALE ET ESSENCE ORIGINELLE

(5) EVIDENCE PRIMORDIALE POUR LA CONSCIENCE–
(6) ESSENCE ORIGINELLE DE L’ÊTRE HUMAIN
(7) TRAIT 0 DE LA CONSCIENCE : «JE PENSE, DONC JE SUIS… LIBRE»

APPROFONDISSEMENT DU POINT (7): LA LIBERTE COMME «ETRE» ET TRAIT 0 DE LA CONSCIENCE

2.LES «ANTITHESES» ET LES DIMENSIONS DE LA LIBERTE.

2.1METAPHYSIQUE.L’Homme contre la Nature (Liberté contre Déterminisme)

(A) LOI COMME OBLIGATION HETERONOME
(B) CHOIX COMME ARBITRAIRE

2.1.1 Les arguments du déterminisme
2.1.2 Liberté et Monde Intelligible (La Dimension de la Culture)

2.2 MORALE ET POLITIQUE: L’Homme contre l’Animal

2.2.1 Responsabilité et «Primauté de la Raison Pratique» : la «Vie de l’Esprit» n’est pas celle du Corps (la Volonté n’est pas une simple auto-motion)
2.2.2 Le chemin irréductiblement politique du Libre Arbitre à la Liberté
2.2.3 La Liberté comme résultat d’une libération : de la Caverne de Platon, au De servo arbitrio de Luther, à la Dialectique du Maitre et de l’Esclave de Hegel.



4.LES TRAITS FONDAMENTAUX DU DEVOIR

(1) UNE NÉCESSITÉ SPIRITUELLE
(2) UNE CONTRAINTE LIBERATRICE
(3) UNE LOI MORALE
(4) LA VOIX D’AUTRUI DANS MOI-MÊME
(5) UNE FINALITÉ EN SOI
LES ETHIQUES "DEONTOLOGISTES"
LES ETHIQUES "UTILITARISTES"

4.«Pourquoi as-tu fait cela?... ».Le Devoir est la Voix – le « 7e trait » – de la Conscience

(290) Freud – T11 CDP435 Conscience morale et sur-moi


(292) LA BIBLE T2 CDP 71



(291) Platon – Le démon de Socrate:
« Mais peut-être paraîtra-t-il inconséquent que je me sois mêlé de donner à chacun de vous des avis en particulier, et que je n’aie jamais eu le courage de me trouver dans les assemblées du peuple, pour donner mes conseils à la république. Ce qui m’en a empêché, Athéniens, c’est ce je ne sais quoi de divin et de démoniaque, [31d] dont vous m’avez si souvent entendu parler, et dont Mélitus, pour plaisanter, a fait un chef d’accusation contre moi. Ce phénomène extraordinaire s’est manifesté en moi dès mon enfance ; c’est une voix qui ne se fait entendre que pour me détourner de ce que j’ai résolu, car jamais elle ne m’exhorte à rien entreprendre : c’est elle qui s’est toujours opposée à moi, quand j’ai voulu me mêler des affaires de la république, et elle s’y est opposée fort à propos [...] Mais pour vous, qui m’avez absous par vos suffrages, Athéniens, je m’entretiendrai volontiers avec vous sur ce qui vient de se passer, pendant que les magistrats sont occupés, et qu’on ne me mène pas encore où je dois mourir. Arrêtez-vous donc quelques instants, et employons à converser ensemble le temps qu’on me laisse. [40a] Je veux vous raconter, comme à mes amis, une chose qui m’est arrivée aujourd’hui, et vous apprendre ce qu’elle signifie. Oui, juges (et en vous appelant ainsi, je vous donne le nom que vous méritez), il m’est arrivé aujourd’hui quelque chose d’extraordinaire. Cette inspiration prophétique qui n’a cessé de se faire entendre à moi dans tout le cours de ma vie, qui dans les moindres occasions n’a jamais manqué de me détourner de tout ce que j’allais faire de mal, aujourd’hui qu’il m’arrive ce que vous voyez, ce qu’on pourrait prendre, et ce qu’on prend en [40b] effet pour le plus grand de tous les maux, cette voix divine a gardé le silence ; elle ne m’a arrêté ni ce matin quand je suis sorti de ma maison, ni quand je suis venu devant ce tribunal, ni tandis que je parlais, quand j’allais dire quelque chose. Cependant, dans beaucoup d’autres circonstances, elle vint m’interrompre au milieu de mon discours ; mais aujourd’hui elle ne s’est opposée à aucune de mes actions, à aucune de mes paroles : quelle en peut être la cause? Je vais vous le dire ; c’est que ce qui m’arrive est, selon toute vraisemblance, un bien ; et nous nous trompons sans [40c] aucun doute, si nous pensons que la mort soit un mal. Une preuve évidente pour moi, c’est qu’infailliblement, si j’eusse dû mal faire aujourd’hui, le signe ordinaire m’en eût averti » [Platon, Apologie de Socrate] .




(293) Le Ciel dans le Coeur - «Deux choses me remplissent le cœur d'une admiration et d'une vénération, toujours nouvelles et toujours croissantes, à mesure que la réflexion s'y attache et s'y applique : le ciel étoilé au-dessus de moi et la loi morale en moi. […] Le premier spectacle, d'une multitude innombrable de mondes, anéantit pour ainsi dire mon importance, en tant que je suis une créature animale qui doit rendre la matière dont elle est formée à la planète (à un simple point dans l'Univers), après avoir été pendant un court espace de temps (on ne sait comment) douée de la force vitale. Le second, au contraire, élève infiniment ma valeur, comme celle d'une intelligence, par ma personnalité dans laquelle la Loi morale me manifeste une vie indépendante de l'animalité et même de tout le monde sensible » [Kant, Critique de la raison pratique]



(294) KANT (A) T13 CDP 302 La Volonté comme raison pratique ; (B) T14 CDP 302 La Bonne Volonté ; (C) T15 303 Les Impératifs ; (D) T16 CDP 304 Première formule du devoir (E) T1 CDP 292 Que dois-je faire…. ? (F) T18 CDP 305 Seconde formule du Devoir (G) T17 CDP 304



(H) « SUR LES POSTULATS DE LA RAISON PURE PRATIQUE EN GENERAL – Ils dérivent tous du principe fondamental de la moralité [Agis de telle sorte…] Ce principe n’est pas lui-même un postulat, mais une loi par laquelle la raison détermine immédiatement la volonté, et celle-ci, par cela même qu’elle est ainsi déterminée, comme volonté pure, réclame les conditions nécessaires à l’accomplissement de son précepte. Ces postulats ne sont pas des dogmes théoriques, mais des hypothèses nécessaires au point de vue pratique; ils n’étendent point, par conséquent, la connaissance spéculative, mais ils donnent en général de la réalité objective aux idées de la raison spéculative (au moyen de leur rapport avec la connaissance pratique), et en font des concepts légitimes, dont sans cela elle ne pourrait pas même s’arroger le droit d’affirmer la possibilité. Ces postulats sont ceux de l’immortalité, de la liberté, considérée positivement (comme causalité d’un être, en tant qu’il appartient au monde intelligible), et de l’existence de Dieu. LE PREMIER dérive de la condition pratiquement nécessaire d’une durée appropriée au parfait accomplissement de la loi morale. LE SECOND, de la supposition nécessaire de notre indépendance par rapport au monde sensible et au pouvoir de déterminer notre volonté conformément à la loi d’un monde intelligible, c’est-à-dire de la liberté. LE TROISIEME, de la nécessité de supposer comme condition de la possibilité du souverain bien dans un monde intelligible l’existence d’un Souverain Bien absolu, c’est-à-dire l’Existence de Dieu.» [Critique de la raison Pratique]