L'Odyssée d'Homère (traduction de Leconte de Lisle, 1818-1894)





Dis-moi, Muse, cet homme subtil qui erra si longtemps,
après qu'il eut renversé la citadelle sacrée de Troiè.
Et il vit les cités de peuples nombreux, et il connut leur esprit ;
et, dans son coeur, il endura beaucoup de maux, sur la mer,
[5] pour sa propre vie et le retour de ses compagnons
Mais il ne les sauva point, contre son désir ;
et ils périrent par leur impiété,
les insensés ! ayant mangé les boeufs de Hèlios Hypérionade.
Et ce dernier leur ravit l'heure du retour.
[10] Dis-moi une partie de ces choses, Déesse, fille de Zeus.
Tous ceux qui avaient évité la noire mort, échappés
de la guerre et de la mer, étaient rentrés dans leurs demeures ;
mais Odysseus restait seul, loin de son pays et de sa femme,
et la vénérable Nymphe Kalypsô, la très-noble Déesse, le retenait
[15] dans ses grottes creuses, le désirant pour mari.
Et quand le temps vint, après le déroulement des années,
où les Dieux voulurent qu'il revît sa demeure
en Ithakè, même alors il devait subir des combats
au milieu des siens. Et tous les Dieux le prenaient en pitié,
[20] excepté Poseidaôn, qui était toujours irrité
contre le divin Odysseus, jusqu'à ce qu'il fût rentré dans son pays.
Et Poseidaôn était allé chez les Aithiopiens
qui habitent au loin et sont partagés en deux peuples, dont l'un
regarde du côté de Hypériôn, au couchant, et l'autre au levant.
[25] Et le Dieu y était allé pour une hécatombe de taureaux et
d'agneaux. Et comme il se réjouissait, assis à ce repas, les autres
Dieux étaient réunis dans la demeure royale de Zeus Olympien.
Et le Père des hommes et des Dieux commença de leur parler,
se rappelant dans son coeur l'irréprochable Aigisthos
[30] que l'illustre Orestès Agamemnonide avait tué.
Se souvenant de cela, il dit ces paroles aux Immortels :
- Ah ! combien les hommes accusent les Dieux !
Ils disent que leurs maux viennent de nous,
et, seuls, ils aggravent leur destinée par leur démence.
[35] Maintenant, voici qu'Aigisthos, contre le destin,
a épousé la femme de l'Atréide et a tué ce dernier,
sachant quelle serait sa mort terrible ; car nous l'avions prévenu
par Herméias, le vigilant tueur d'Argos,
de ne point tuer Agamemnôn et de ne point désirer sa femme,
[40] de peur que l'Atréide Orestès se vengeât,
ayant grandi et désirant revoir son pays.
Herméias parla ainsi, mais son conseil salutaire n'a point persuadé
l'esprit d'Aigisthos, et, maintenant, celui-ci a tout expié d'un coup.
Et Athènè, la Déesse aux yeux clairs, lui répondit :
[45] - Ô notre Père, Kronide, le plus haut des Rois !
celui-ci du moins a été frappé d'une mort juste.
Qu'il meure ainsi celui qui agira de même !
Mais mon coeur est déchiré au souvenir du brave Odysseus,
le malheureux ! qui souffre depuis longtemps loin des siens,
[50] dans une île, au milieu de la mer, et où en est le centre.
Et, dans cette île plantée d'arbres, habite une Déesse,
la fille dangereuse d'Atlas, lui qui connaît
les profondeurs de la mer, et qui porte les hautes colonnes
dressées entre la terre et l'Ouranos.
[55] Et sa fille retient ce malheureux qui se lamente
et qu'elle flatte toujours de molles et douces paroles,
afin qu'il oublie Ithakè ;
mais il désire revoir la fumée
de son pays et souhaite de mourir. Et ton coeur
[60] n'est point touché, Olympien, par les sacrifices qu'Odysseus
accomplissait pour toi auprès des nefs Argiennes, devant
la grande Troiè. Zeus, pourquoi donc es-tu si irrité contre lui ?
Et Zeus qui amasse les nuées, lui répondant, parla ainsi :
- Mon enfant, quelle parole s'est échappée d'entre tes dents ?
[65] Comment pourrais-je oublier le divin Odysseus, qui,
par l'intelligence, est au-dessus de tous les hommes, et qui offrait
le plus de sacrifices aux Dieux qui vivent toujours et qui habitent
le large Ouranos ? Mais Poseidaôn qui entoure la terre est
constamment irrité à cause du Kyklôps qu'Odysseus a aveuglé,
[70] Polyphèmos tel qu'un Dieu, le plus fort
des Kyklôpes. La Nymphe Thoôsa,
fille de Phorkyn, maître de la mer sauvage,
l'enfanta, s'étant unie à Poseidaôn dans ses grottes creuses.
C'est pour cela que Poseidaôn qui secoue la terre,
[75] ne tuant point Odysseus, le contraint d'errer loin de son pays.
Mais nous, qui sommes ici, assurons
son retour ; et Poseidaôn oubliera
sa colère, car il ne pourra rien,
seul, contre tous les Dieux Immortels.
[80] Et la Déesse Athènè aux yeux clairs lui répondit :
- Ô notre Père, Kronide, le plus haut des Rois !
s'il plaît aux Dieux heureux
que le sage Odysseus retourne en sa demeure,
envoyons le Messager Herméias, tueur d'Argos,
[85] dans l'île Ogygiè, afin qu'il avertisse
la Nymphe à la belle chevelure que nous avons résolu
le retour d'Odysseus à l'âme forte et patiente.
Et moi j'irai à Ithakè, et
j'exciterai son fils et lui inspirerai la force,
[90] ayant réuni l'agora des Akhaiens chevelus, de chasser
tous les Prétendants qui égorgent ses brebis nombreuses
et ses boeufs aux jambes torses et aux cornes recourbées.
Et je l'enverrai à Spartè et dans la sablonneuse Pylos,
afin qu'il s'informe du retour de son père
[95] bienaimé, et qu'il soit très-honoré parmi les hommes.
Ayant ainsi parlé, elle attacha à ses pieds de belles
sandales ambroisiennes, dorées, qui la portaient sur la mer
et sur l'immense terre comme le souffle du vent.
Et elle prit une forte lance, armée d'un airain aigu,
[100] lourde, grande et solide, avec laquelle elle dompte la foule des
hommes héroïques contre qui, fille d'un père puissant, elle est
irritée. Et, s'étant élancée du faite de l'Olympos, elle descendit
au milieu du peuple d'Ithakè, dans le vestibule d'Odysseus,
au seuil de la cour, avec la lance d'airain en main,
[105] et semblable à un étranger, au chef des Taphiens, à Mentès.
Et elle vit les Prétendants insolents qui
jouaient aux jetons devant les portes,
assis sur la peau des boeufs qu'ils avaient tués eux-mêmes.
Et des hérauts et des serviteurs s'empressaient autour d'eux ;
[110] et les uns mêlaient l'eau et le vin dans les kratères ;
et les autres lavaient les tables avec les éponges poreuses ;
et, les ayant dressées, partageaient les viandes abondantes.
Et, le premier de tous, le divin Tèlémakhos vit Athènè.
Et il était assis parmi les Prétendants, le coeur triste,
[115] voyant en esprit son brave père revenir soudain,
chasser les Prétendants hors de ses demeures,
ressaisir sa puissance et régir ses biens.
Or, songeant à cela, assis parmi eux, il vit Athènè :
et il alla dans le vestibule, indigné qu'un
[120] étranger restât longtemps debout à la porte. Et il s'approcha,
lui prit la main droite, reçut la lance d'airain
et dit ces paroles ailées :
- Salut, Étranger. Tu nous seras ami, et, après le
repas, tu nous diras ce qu'il te faut.
[125] Ayant ainsi parlé, il le conduisit, et Pallas Athènè le suivit.
Et lorsqu'ils furent entrés dans la haute demeure,
il appuya la lance contre une longue colonne,
dans un arsenal luisant où étaient déjà rangées beaucoup
d'autres lances d'Odysseus à l'âme ferme et patiente.
[130] Et il fit asseoir Athènè, ayant mis un beau tapis
bien travaillé sur le thrône, et, sous ses pieds, un escabeau.
Pour lui-même il plaça auprès d'elle un siège sculpté, loin des
Prétendants, afin que l'étranger ne souffert point du
repas tumultueux, au milieu de convives injurieux,
[135] et afin de l'interroger sur son père absent. Et une servante
versa, pour les ablutions, de l'eau dans un bassin d'argent,
d'une belle aiguière d'or ; et elle dressa auprès d'eux une table
luisante. Puis, une Intendante vénérable apporta
du pain et couvrit la table de mets nombreux et réservés ;
[140] et un découpeur servit les plats
de viandes diverses et leur
offrit des coupes d'or ;
et un héraut leur servait souvent du vin.
Et les Prétendants insolents entrèrent.
[145] Ils s'assirent en ordre sur des sièges et sur des thrônes :
et des hérauts versaient de l'eau sur leurs mains
; et les servantes entassaient le pain dans les corbeilles,
et les jeunes hommes emplissaient de vin les kratères.
Puis, les Prétendants mirent la main sur les mets ;
[150] et, quand leur faim et leur soif furent assouvies,
ils désirèrent autre chose,
la danse et le chant, ornements des repas.
Et un héraut mit une très-belle kithare aux mains de
Phèmios, qui chantait là contre son gré.
[155] Et il joua de la kithare et commença de bien chanter.
Mais Tèlémakhos dit à Athènè aux yeux clairs,
en penchant la tête, afin que les autres ne pussent entendre :
- Cher Étranger, seras-tu irrité de mes paroles ?
La kithare et le chant plaisent aisément à ceux-ci,
[160] car ils mangent impunément le bien d'autrui,
la richesse d'un homme dont les ossements blanchis pourrissent à
la pluie, quelque part, sur la terre ferme ou dans les flots de la mer
qui les roule. Certes, s'ils le voyaient de retour à Ithakè,
tous préféreraient des pieds rapides
[165] à l'abondance de l'or et aux riches vêtements !
Mais il est mort, subissant une mauvaise destinée ; et il ne nous
reste plus d'espérance, quand même un des habitants de la terre
nous annoncerait son retour, car ce jour n'arrivera jamais.
Mais parle-moi, et réponds sincèrement.
[170] Qui es-tu, et de quelle race ? Où est ta ville et quels sont tes
parents ? Sur quelle nef es-tu venu ? Quels matelots
t'ont conduit à Ithakè, et qui sont-ils ?
Car je ne pense pas que tu sois venu à pied.
Et dis-moi vrai, afin que je sache :
[175] viens-tu pour la première fois, ou bien es-tu un hôte de mon
père ? Car beaucoup d'hommes connaissent notre demeure,
et Odysseus aussi visitait les hommes.
Et la Déesse Athènè aux yeux clairs lui répondit :
- Je te dirai des choses sincères.
[180] Je me vante d'être Mentès, fils du brave Ankhialos, et je
commande aux Taphiens, amis des avirons. Et voici que j'ai abordé
ici avec une nef et des compagnons, voguant sur la noire mer
vers des hommes qui parlent une langue étrangère, vers Témésè,
où je vais chercher de l'airain et où je porte du fer luisant.
[185] Et ma nef s'est arrêtée là, près de la campagne, en dehors de la
ville, dans le port Rhéitrôs, sous le Néios couvert de bois.
Et nous nous honorons d'être unis par l'hospitalité,
dès l'origine, et de père en fils. Tu peux aller interroger sur ceci
le vieux Laertès, car on dit qu'il ne vient plus à la ville,
[190] mais qu'il souffre dans une campagne éloignée,
seul avec une vieille femme qui lui sert à manger et à boire,
quand il s'est fatigué à parcourir
sa terre fertile plantée de vignes.
Et je suis venu, parce qu'on disait que
[195] ton père était de retour ; mais les Dieux entravent sa route.
Car le divin Odysseus n'est point encore mort sur la terre ;
et il vit, retenu en quelque lieu de la vaste mer,
dans une île entourée des flots ; et des hommes rudes et farouches,
ses maîtres, le retiennent par la force.
[200] Mais, aujourd'hui, je te prédirai
ce que les Immortels m'inspirent et ce qui s'accomplira,
bien que je ne sois point un divinateur et que j'ignore les augures.
Certes, il ne restera point longtemps loin de la chère terre natale,
même étant chargé de liens de fer.
[205] Et il trouvera les moyens de revenir, car il est fertile en ruses.
Mais parle, et dis-moi sincèrement
si tu es le vrai fils d'Odysseus lui-même.
Tu lui ressembles étrangement par la tête et la beauté des yeux.
Car nous nous sommes rencontrés souvent,
[210] avant son départ pour Troiè, où allèrent aussi,
sur leurs nefs creuses, les autres chefs Argiens.
Depuis ce temps je n'ai plus vu Odysseus, et il ne m'a plus vu.
Et le sage Tèlémakhos lui répondit :
- Étranger, je te dirai des choses très-sincères.
[215] Ma mère dit que je suis fils d'Odysseus, mais moi,
je n'en sais rien, car nul ne sait par lui-même qui est son père.
Que ne suis-je plutôt le fils de quelque homme heureux
qui dût vieillir sur ses domaines ! Et maintenant,
on le dit, c'est du plus malheureux des hommes mortels
[220] que je suis né, et c'est ce que tu m'as demandé.
Et la Déesse Athènè aux yeux clairs lui répondit :
- Les Dieux ne t'ont point fait sortir d'une race sans gloire
dans la postérité, puisque Pènélopéia t'a enfanté tel que te voilà.
Mais parle, et réponds-moi sincèrement.
[225] Quel est ce repas ? Pourquoi cette assemblée ? En avais-tu
besoin ? Est-ce un festin ou une noce ? Car ceci n'est point payé
en commun, tant ces convives mangent avec insolence et
arrogance dans cette demeure ! Tout homme, d'un esprit sensé du
moins, s'indignerait de te voir au milieu de ces choses honteuses.
[230] Et le sage Tèlémakhos lui répondit :
- Étranger, puisque tu m'interroges sur ceci,
cette demeure fut autrefois riche et honorée,
tant que le héros habita le pays ; mais, aujourd'hui,
les Dieux, source de nos maux, en ont décidé autrement,
[235] et ils ont fait de lui le plus ignoré d'entre tous les hommes.
Et je ne le pleurerais point ainsi, même le sachant mort,
s'il avait été frappé avec ses compagnons, parmi le peuple
des Troiens, ou s'il était mort entre des mains amies, après la guerre.
Alors les Panakhaiens lui eussent bâti un tombeau,
[240] et il eût légué à son fils une grande gloire dans la postérité.
Mais, aujourd'hui, les Harpyes l'ont enlevé obscurément, et il est
mort, et nul n'a rien su, ni rien appris de lui, et il ne m'a laissé que les
douleurs et les lamentations. Mais je ne gémis point uniquement
sur lui, et les Dieux m'ont envoyé d'autres peines amères.
[245] Tous ceux qui commandent aux îles,
à Doulikios, à Samè, à Zakyntos couverte de bois,
et ceux qui commandent dans la rude Ithakè,
tous recherchent ma mère et épuisent ma demeure.
Et ma mère ne peut refuser des noces odieuses ni mettre fin à ceci ;
[250] et ces hommes épuisent ma demeure en mangeant,
et ils me perdront bientôt aussi.
Et, pleine de pitié, Pallas Athènè lui répondit :
- Ah ! sans doute, tu as grand besoin d'Odysseus
qui mettrait la main sur ces Prétendants injurieux !
[255] Car s'il survenait et se tenait debout sur le seuil de la porte,
avec le casque et le bouclier et deux piques,
tel que je le vis pour la première fois
buvant et se réjouissant dans notre demeure,
à son retour d'Ephyrè, d'auprès d'Illos Merméridaïde ;
[260] - car Odysseus était allé chercher là, sur une nef rapide,
un poison mortel, pour y tremper ses flèches
armées d'une pointe d'airain ; et Illos ne voulut point le lui
donner, redoutant les Dieux qui vivent éternellement,
mais mon père, qui l'aimait beaucoup, le lui donna ;
[265] - si donc Odysseus, tel que je le vis, survenait au milieu des
Prétendants, leur destinée serait brève et leurs noces seraient
amères ! Mais il appartient aux Dieux de décider
s'il reviendra, ou non, les punir
dans sa demeure. Je t'exhorte donc à chercher
[270] comment tu pourras les chasser d'ici.
Maintenant, écoute, et souviens-toi de mes paroles.
Demain, ayant réuni l'agora des héros Akhaiens,
parle-leur, et prends les Dieux à témoin.
Contrains les Prétendants de se retirer chez eux.
[275]Que ta mère, si elle désire d'autres noces,
retourne dans la demeure de son père qui a une grande puissance.
Ses proches la marieront et lui donneront
une aussi grande dot qu'il convient à une fille bien-aimée.
Et je te conseillerai sagement, si tu veux m'en croire.
[280] Arme ta meilleure nef de vingt rameurs,
et va t'informer de ton père parti depuis si longtemps,
afin que quelqu'un des hommes t'en parle, ou que tu entendes un
de ces bruits de Zeus qui dispense le mieux la gloire aux hommes.
Rends-toi d'abord à Pylos et interroge le divin Nestôr ;
[285] puis à Spartè, auprès du blond Ménélaos,
qui est revenu le dernier des Akhaiens cuirassés d'airain.
Si tu apprends que ton père est vivant et revient,
attends encore une année, malgré ta douleur ;
mais si tu apprends qu'il est mort, ayant cessé d'exister,
[290] reviens dans la chère terre natale,
pour lui élever un tombeau et célébrer de grandes funérailles
comme il convient, et donner ta mère à un mari. Puis, lorsque tu auras fait et achevé tout cela,
songe, de l'esprit et du coeur,
[295] à tuer les Prétendants dans ta demeure,
par ruse ou par force. Il ne faut plus te livrer
aux choses enfantines, car tu n'en as plus l'âge.
Ne sais-tu pas de quelle gloire s'est couvert le divin Orestès
parmi les hommes, en tuant le meurtrier de son père illustre,
[300] Aigisthos aux ruses perfides ?
Toi aussi, ami, que voilà grand et beau,
sois brave, afin que les hommes futurs te louent.
Je vais redescendre vers ma nef rapide
et mes compagnons qui s'irritent sans doute de m'attendre.
[305]Souviens-toi, et ne néglige point mes paroles.
Et le sage Tèlémakhos lui répondit :
- Étranger, tu m'as parlé en ami,
comme un père à son fils, et je n'oublierai jamais tes paroles.
Mais reste, bien que tu sois pressé,
[310] afin que t'étant baigné et'ayant charmé ton coeur,
tu retournes vers ta nef, plein de joie,
avec un présent riche et précieux qui te viendra
de moi et sera tel que des amis en offrent à leurs hôtes.
Et la Déesse Athènè aux yeux clairs lui répondit :
[315] - Ne me retiens plus, il faut que je parte.
Quand je reviendrai, tu me donneras ce présent que ton coeur me
destine, afin que je l'emporte dans ma demeure.
Qu'il soit fort beau, et que je puisse t'en offrir un semblable.
Et Athènè aux yeux clairs, ayant ainsi parlé,
[320] s'envola et disparut comme un oiseau ; mais elle lui laissa au
coeur la force et l'audace et le souvenir plus vif de son père.
Et lui, le coeur plein de crainte, pensa
dans son esprit que c'était un Dieu.
Puis, le divin jeune homme s'approcha des Prétendants.
[325] Et l'Aoide très-illustre chantait, et ils étaient assis,
l'écoutant en silence. Et il chantait le retour fatal des Akhaiens,
que Pallas Athènè leur avait infligé au sortir de Troiè.
Et, de la haute chambre,
la fille d'Ikarios, la sage Pènélopéia,
[330] entendit ce chant divin, et elle descendit l'escalier élevé,
non pas seule, mais suivie de deux servantes.
Et quand la divine femme fut auprès des Prétendants,
elle resta debout contre la porte, sur le seuil de la salle solidement
construite, avec un beau voile sur les joues,
[335] et les honnêtes servantes se tenaient à ses côtés.
Et elle pleura et dit à l'Aoide divin :
- Phèmios, tu sais d'autres chants par lesquels les Aoides
célèbrent les actions des hommes et des Dieux.
Assis au milieu de ceux-ci, chante-leur une de ces choses,
[340] tandis qu'ils boivent du vin en silence ; mais cesse ce
triste chant qui déchire mon coeur dans ma poitrine,
puisque je suis la proie d'un deuil que je ne puis oublier.
Car je pleure une tête bien aimée, et je garde le souvenir
éternel de l'homme dont la gloire emplit Hellas et Argos.
[345] Et le sage Tèlémakhos lui répondit :
- Ma mère, pourquoi défends-tu que ce doux Aoide nous réjouisse, comme son esprit le lui inspire ? Les Aoides
ne sont responsables de rien, et Zeus dispense ses dons
aux poètes comme il lui plaît.
[350] Il ne faut point t'indigner contre celui-ci
parce qu'il chante la sombre destinée des Danaens,
car les hommes chantent toujours les choses les plus récentes.
Aie donc la force d'âme d'écouter.
Odysseus n'a point perdu seul,
[355] à Troiè, le jour du retour, et beaucoup d'autres y sont morts
aussi. Rentre dans ta demeure ; continue tes travaux
à l'aide de la toile et du fuseau, et remets tes servantes
à leur tâche. La parole appartient aux hommes,
et surtout à moi qui commande ici.
[360] Étonnée, Pènélopéia s'en retourna chez elle,
emportant dans son coeur les sages paroles de son fils.
Remontée dans les hautes chambres, avec ses femmes,
elle pleura Odysseus, son cher mari, jusqu'à ce que Athènè
aux yeux clairs eût répandu un doux sommeil sur ses paupières.
[365] Et les Prétendants firent un grand bruit dans la sombre
demeure, et tous désiraient partager son lit.
Et le sage Tèlémakhos commença de leur parler : - Prétendants
de ma mère, qui avez une insolence arrogante, maintenant
réjouissons-nous, mangeons et ne poussons point de clameurs,
[370] car il est bien et convenable d'écouter un tel Aoide
qui est semblable aux Dieux par sa voix ;
mais, dès l'aube, rendons-nous tous à l'agora,
afin que je vous déclare nettement que vous ayez tous
à sortir d'ici. Faites d'autres repas,
[375] mangez vos biens en vous recevant tour à tour dans vos
demeures ; mais s'il vous paraît meilleur de dévorer impunément
la subsistance d'un seul homme, dévorez-la.
Moi, je supplierai les Dieux qui vivent toujours,
afin que Zeus ordonne que votre action soit punie,
[380] et vous périrez peut-être sans vengeance dans cette demeure.
Il parla ainsi, et tous, se mordant les lèvres,
s'étonnaient que Tèlémakhos parlât avec cette audace.
Et Antinoos, fils d'Eupeithès, lui répondit :
Tèlémakhos, certes, les Dieux mêmes t'enseignent
[385] à parler haut et avec audace ;
mais puisse le Kroniôn ne point te faire roi dans Ithakè
entourée des flots, bien qu'elle soit ton héritage par ta naissance !
Et le sage Tèlémakhos lui répondit :
- Antinoos, quand tu t'irriterais contre moi à cause de mes paroles,
[390] je voudrais être roi par la volonté de Zeus.
Penses-tu qu'il soit mauvais de l'être parmi les hommes ?
Il n'est point malheureux de régner.
On possède une riche demeure, et on est honoré.
Mais beaucoup d'autres rois Akhaiens,
[395] jeunes et vieux, sont dans Ithakè entourée des flots.
Qu'un d'entre eux règne, puisque le divin Odysseus est mort.
Moi, du moins, je serai le maître de la demeure
et des esclaves que le divin Odysseus a conquis pour moi.
Et Eurymakhos, fils de Polybos, lui répondit :
[400] - Tèlémakhos, il appartient aux Dieux de décider
quel sera l'Akhaien qui régnera dans Ithakè entourée
des flots. Pour toi, possède tes biens et commande en ta
demeure, et que nul ne te dépouille jamais par violence
et contre ton gré, tant que Ithakè sera habitée.
[405] Mais je veux, ami, t'interroger sur cet étranger.
D'où est-il ? De quelle terre se vante-t-il de sortir ?
Où est sa famille ? Où est son pays ?
Apporte-t-il quelque nouvelle du retour de ton père ?
Est-il venu réclamer une dette ?
[410] Il est parti promptement et n'a point daigné se faire connaître.
Son aspect, d'ailleurs, n'est point celui d'un misérable.
Et le sage Tèlémakhos lui répondit :
- Eurymakhos, certes, mon père ne reviendra plus,
et je n'en croirais pas la nouvelle, s'il m'en venait ;
[415]et je ne me soucie point des prédictions que ma mère
demande au Divinateur qu'elle a appelé dans cette
demeure. Mais cet hôte de mes pères est de Taphos ;
et il se vante d'être Mentès, fils du brave Ankhialos,
et il commande aux Taphiens, amis des avirons.
[420] Et Tèlémakhos parla ainsi ; mais, dans son coeur, il avait
reconnu la Déesse immortelle. Donc, les Prétendants, se livrant
aux danses et au chant, se réjouissaient en attendant le soir,
et comme ils se réjouissaient, la nuit survint..
Alors, désirant dormir, chacun d'eux rentra dans sa demeure.
[425] Et Tèlémakhos monta dans la chambre haute qui avait été
construite pour lui dans une belle cour, et d'où l'on voyait
de tous côtés. Et il se coucha, l'esprit plein de pensées.
Et la sage Eurykléia portait des flambeaux allumés
et elle était fille d'Ops Peisènôride,
[430] et Laertès l'avait achetée, dans sa première jeunesse,
et payée du prix de vingt boeufs,
et il l'honorait dans sa demeure, autant qu'une chaste épouse ;
mais il ne s'était point uni à elle, pour éviter la colère de sa femme.
Elle portait des flambeaux allumés auprès de Tèlémakhos,
[435] étant celle qui l'aimait le plus, l'ayant nourri et élevé depuis
son enfance. Elle ouvrit les portes de la chambre solidement
construite. Et il s'assit sur le lit, ôta sa molle tunique
et la remit entre les mains de la vieille femme aux sages conseils.
Elle plia et arrangea la tunique avec soin
[440] et la suspendit à un clou auprès du lit sculpté.
Puis, sortant de la chambre, elle attira la porte par un anneau
d'argent dans lequel elle poussa le verrou à l'aide d'une courroie.
Et Tèlémakhos, couvert d'une toison de brebis, médita,
pendant toute la nuit, le voyage que Athènè lui avait conseillé.

 

ΟΔΥΣΣΕΙΑ ΟΜΗΡΟΥ ΠΟΙΗΣΙΣ

Text provided by Perseus Digital Library, with funding from The Annenberg CPB/Project. Original version available for viewing and download at http://www.perseus.tufts.edu/hopper/.

ἄνδρα μοι ἔννεπε, μοῦσα, πολύτροπον, ὃς μάλα πολλὰ
πλάγχθη, ἐπεὶ Τροίης ἱερὸν πτολίεθρον ἔπερσεν:
πολλῶν δ᾽ ἀνθρώπων ἴδεν ἄστεα καὶ νόον ἔγνω,
πολλὰ δ᾽ γ᾽ ἐν πόντῳ πάθεν ἄλγεα ὃν κατὰ θυμόν,
5ἀρνύμενος ἥν τε ψυχὴν καὶ νόστον ἑταίρων.
ἀλλ᾽ οὐδ᾽ ὣς ἑτάρους ἐρρύσατο, ἱέμενός περ:
αὐτῶν γὰρ σφετέρῃσιν ἀτασθαλίῃσιν ὄλοντο,
νήπιοι, οἳ κατὰ βοῦς Ὑπερίονος Ἠελίοιο
ἤσθιον: αὐτὰρ τοῖσιν ἀφείλετο νόστιμον ἦμαρ.
10τῶν ἁμόθεν γε, θεά, θύγατερ Διός, εἰπὲ καὶ ἡμῖν.
ἔνθ᾽ ἄλλοι μὲν πάντες, ὅσοι φύγον αἰπὺν ὄλεθρον,
οἴκοι ἔσαν, πόλεμόν τε πεφευγότες ἠδὲ θάλασσαν:
τὸν δ᾽ οἶον νόστου κεχρημένον ἠδὲ γυναικὸς
νύμφη πότνι᾽ ἔρυκε Καλυψὼ δῖα θεάων
15ἐν σπέσσι γλαφυροῖσι, λιλαιομένη πόσιν εἶναι.
ἀλλ᾽ ὅτε δὴ ἔτος ἦλθε περιπλομένων ἐνιαυτῶν,
τῷ οἱ ἐπεκλώσαντο θεοὶ οἶκόνδε νέεσθαι
εἰς Ἰθάκην, οὐδ᾽ ἔνθα πεφυγμένος ἦεν ἀέθλων
καὶ μετὰ οἷσι φίλοισι. θεοὶ δ᾽ ἐλέαιρον ἅπαντες
20νόσφι Ποσειδάωνος: δ᾽ ἀσπερχὲς μενέαινεν
ἀντιθέῳ Ὀδυσῆι πάρος ἣν γαῖαν ἱκέσθαι.
ἀλλ᾽ μὲν Αἰθίοπας μετεκίαθε τηλόθ᾽ ἐόντας,
Αἰθίοπας τοὶ διχθὰ δεδαίαται, ἔσχατοι ἀνδρῶν,
οἱ μὲν δυσομένου Ὑπερίονος οἱ δ᾽ ἀνιόντος,
25ἀντιόων ταύρων τε καὶ ἀρνειῶν ἑκατόμβης.
ἔνθ᾽ γ᾽ ἐτέρπετο δαιτὶ παρήμενος: οἱ δὲ δὴ ἄλλοι
Ζηνὸς ἐνὶ μεγάροισιν Ὀλυμπίου ἁθρόοι ἦσαν.
τοῖσι δὲ μύθων ἦρχε πατὴρ ἀνδρῶν τε θεῶν τε:
μνήσατο γὰρ κατὰ θυμὸν ἀμύμονος Αἰγίσθοιο,
30τόν ῥ᾽ Ἀγαμεμνονίδης τηλεκλυτὸς ἔκταν᾽ Ὀρέστης:
τοῦ γ᾽ ἐπιμνησθεὶς ἔπε᾽ ἀθανάτοισι μετηύδα:
πόποι, οἷον δή νυ θεοὺς βροτοὶ αἰτιόωνται:
ἐξ ἡμέων γάρ φασι κάκ᾽ ἔμμεναι, οἱ δὲ καὶ αὐτοὶ
σφῇσιν ἀτασθαλίῃσιν ὑπὲρ μόρον ἄλγε᾽ ἔχουσιν,
35ὡς καὶ νῦν Αἴγισθος ὑπὲρ μόρον Ἀτρεΐδαο
γῆμ᾽ ἄλοχον μνηστήν, τὸν δ᾽ ἔκτανε νοστήσαντα,
εἰδὼς αἰπὺν ὄλεθρον, ἐπεὶ πρό οἱ εἴπομεν ἡμεῖς,
Ἑρμείαν πέμψαντες, ἐύσκοπον ἀργεϊφόντην,
μήτ᾽ αὐτὸν κτείνειν μήτε μνάασθαι ἄκοιτιν:
40ἐκ γὰρ Ὀρέσταο τίσις ἔσσεται Ἀτρεΐδαο,
ὁππότ᾽ ἂν ἡβήσῃ τε καὶ ἧς ἱμείρεται αἴης.
ὣς ἔφαθ᾽ Ἑρμείας, ἀλλ᾽ οὐ φρένας Αἰγίσθοιο
πεῖθ᾽ ἀγαθὰ φρονέων: νῦν δ᾽ ἁθρόα πάντ᾽ ἀπέτισεν.”
τὸν δ᾽ ἠμείβετ᾽ ἔπειτα θεά, γλαυκῶπις Ἀθήνη:
45 πάτερ ἡμέτερε Κρονίδη, ὕπατε κρειόντων,
καὶ λίην κεῖνός γε ἐοικότι κεῖται ὀλέθρῳ:
ὡς ἀπόλοιτο καὶ ἄλλος, ὅτις τοιαῦτά γε ῥέζοι:
ἀλλά μοι ἀμφ᾽ Ὀδυσῆι δαΐφρονι δαίεται ἦτορ,
δυσμόρῳ, ὃς δὴ δηθὰ φίλων ἄπο πήματα πάσχει
50νήσῳ ἐν ἀμφιρύτῃ, ὅθι τ᾽ ὀμφαλός ἐστι θαλάσσης.
νῆσος δενδρήεσσα, θεὰ δ᾽ ἐν δώματα ναίει,
Ἄτλαντος θυγάτηρ ὀλοόφρονος, ὅς τε θαλάσσης
πάσης βένθεα οἶδεν, ἔχει δέ τε κίονας αὐτὸς
μακράς, αἳ γαῖάν τε καὶ οὐρανὸν ἀμφὶς ἔχουσιν.
55τοῦ θυγάτηρ δύστηνον ὀδυρόμενον κατερύκει,
αἰεὶ δὲ μαλακοῖσι καὶ αἱμυλίοισι λόγοισιν
θέλγει, ὅπως Ἰθάκης ἐπιλήσεται: αὐτὰρ Ὀδυσσεύς,
ἱέμενος καὶ καπνὸν ἀποθρῴσκοντα νοῆσαι
ἧς γαίης, θανέειν ἱμείρεται. οὐδέ νυ σοί περ
60ἐντρέπεται φίλον ἦτορ, Ὀλύμπιε. οὔ νύ τ᾽ Ὀδυσσεὺς
Ἀργείων παρὰ νηυσὶ χαρίζετο ἱερὰ ῥέζων
Τροίῃ ἐν εὐρείῃ; τί νύ οἱ τόσον ὠδύσαο, Ζεῦ;”
τὴν δ᾽ ἀπαμειβόμενος προσέφη νεφεληγερέτα Ζεύς:”
τέκνον ἐμόν, ποῖόν σε ἔπος φύγεν ἕρκος ὀδόντων.
65πῶς ἂν ἔπειτ᾽ Ὀδυσῆος ἐγὼ θείοιο λαθοίμην,
ὃς περὶ μὲν νόον ἐστὶ βροτῶν, περὶ δ᾽ ἱρὰ θεοῖσιν
ἀθανάτοισιν ἔδωκε, τοὶ οὐρανὸν εὐρὺν ἔχουσιν;
ἀλλὰ Ποσειδάων γαιήοχος ἀσκελὲς αἰεὶ
Κύκλωπος κεχόλωται, ὃν ὀφθαλμοῦ ἀλάωσεν,
70ἀντίθεον Πολύφημον, ὅου κράτος ἐστὶ μέγιστον
πᾶσιν Κυκλώπεσσι: Θόωσα δέ μιν τέκε νύμφη,
Φόρκυνος θυγάτηρ ἁλὸς ἀτρυγέτοιο μέδοντος,
ἐν σπέσσι γλαφυροῖσι Ποσειδάωνι μιγεῖσα.
ἐκ τοῦ δὴ Ὀδυσῆα Ποσειδάων ἐνοσίχθων
75οὔ τι κατακτείνει, πλάζει δ᾽ ἀπὸ πατρίδος αἴης.
ἀλλ᾽ ἄγεθ᾽, ἡμεῖς οἵδε περιφραζώμεθα πάντες
νόστον, ὅπως ἔλθῃσι: Ποσειδάων δὲ μεθήσει
ὃν χόλον: οὐ μὲν γὰρ τι δυνήσεται ἀντία πάντων
ἀθανάτων ἀέκητι θεῶν ἐριδαινέμεν οἶος.”
80 τὸν δ᾽ ἠμείβετ᾽ ἔπειτα θεά, γλαυκῶπις Ἀθήνη:
πάτερ ἡμέτερε Κρονίδη, ὕπατε κρειόντων,
εἰ μὲν δὴ νῦν τοῦτο φίλον μακάρεσσι θεοῖσιν,
νοστῆσαι Ὀδυσῆα πολύφρονα ὅνδε δόμονδε,
Ἑρμείαν μὲν ἔπειτα διάκτορον ἀργεϊφόντην
85νῆσον ἐς Ὠγυγίην ὀτρύνομεν, ὄφρα τάχιστα
νύμφῃ ἐυπλοκάμῳ εἴπῃ νημερτέα βουλήν,
νόστον Ὀδυσσῆος ταλασίφρονος, ὥς κε νέηται:
αὐτὰρ ἐγὼν Ἰθάκηνδ᾽ ἐσελεύσομαι, ὄφρα οἱ υἱὸν
μᾶλλον ἐποτρύνω καί οἱ μένος ἐν φρεσὶ θείω,
90εἰς ἀγορὴν καλέσαντα κάρη κομόωντας Ἀχαιοὺς
πᾶσι μνηστήρεσσιν ἀπειπέμεν, οἵ τέ οἱ αἰεὶ
μῆλ᾽ ἁδινὰ σφάζουσι καὶ εἰλίποδας ἕλικας βοῦς.
πέμψω δ᾽ ἐς Σπάρτην τε καὶ ἐς Πύλον ἠμαθόεντα
νόστον πευσόμενον πατρὸς φίλου, ἤν που ἀκούσῃ,
ἠδ᾽ ἵνα μιν κλέος ἐσθλὸν ἐν ἀνθρώποισιν ἔχῃσιν.”
95 ὣς εἰποῦς᾽ ὑπὸ ποσσὶν ἐδήσατο καλὰ πέδιλα,
ἀμβρόσια χρύσεια, τά μιν φέρον ἠμὲν ἐφ᾽ ὑγρὴν
ἠδ᾽ ἐπ᾽ ἀπείρονα γαῖαν ἅμα πνοιῇς ἀνέμοιο:
εἵλετο δ᾽ ἄλκιμον ἔγχος, ἀκαχμένον ὀξέι χαλκῷ,
100βριθὺ μέγα στιβαρόν, τῷ δάμνησι στίχας ἀνδρῶν
ἡρώων, τοῖσίν τε κοτέσσεται ὀβριμοπάτρη.
βῆ δὲ κατ᾽ Οὐλύμποιο καρήνων ἀίξασα,
στῆ δ᾽ Ἰθάκης ἐνὶ δήμῳ ἐπὶ προθύροις Ὀδυσῆος,
οὐδοῦ ἐπ᾽ αὐλείου: παλάμῃ δ᾽ ἔχε χάλκεον ἔγχος,
105εἰδομένη ξείνῳ, Ταφίων ἡγήτορι Μέντῃ.
εὗρε δ᾽ ἄρα μνηστῆρας ἀγήνορας. οἱ μὲν ἔπειτα
πεσσοῖσι προπάροιθε θυράων θυμὸν ἔτερπον
ἥμενοι ἐν ῥινοῖσι βοῶν, οὓς ἔκτανον αὐτοί:
κήρυκες δ᾽ αὐτοῖσι καὶ ὀτρηροὶ θεράποντες
110οἱ μὲν οἶνον ἔμισγον ἐνὶ κρητῆρσι καὶ ὕδωρ,
οἱ δ᾽ αὖτε σπόγγοισι πολυτρήτοισι τραπέζας
νίζον καὶ πρότιθεν, τοὶ δὲ κρέα πολλὰ δατεῦντο.
τὴν δὲ πολὺ πρῶτος ἴδε Τηλέμαχος θεοειδής,
ἧστο γὰρ ἐν μνηστῆρσι φίλον τετιημένος ἦτορ,
115ὀσσόμενος πατέρ᾽ ἐσθλὸν ἐνὶ φρεσίν, εἴ ποθεν ἐλθὼν
μνηστήρων τῶν μὲν σκέδασιν κατὰ δώματα θείη,
τιμὴν δ᾽ αὐτὸς ἔχοι καὶ δώμασιν οἷσιν ἀνάσσοι.
τὰ φρονέων, μνηστῆρσι μεθήμενος, εἴσιδ᾽ Ἀθήνην.
βῆ δ᾽ ἰθὺς προθύροιο, νεμεσσήθη δ᾽ ἐνὶ θυμῷ
120ξεῖνον δηθὰ θύρῃσιν ἐφεστάμεν: ἐγγύθι δὲ στὰς
χεῖρ᾽ ἕλε δεξιτερὴν καὶ ἐδέξατο χάλκεον ἔγχος,
καί μιν φωνήσας ἔπεα πτερόεντα προσηύδα:
χαῖρε, ξεῖνε, παρ᾽ ἄμμι φιλήσεαι: αὐτὰρ ἔπειτα
δείπνου πασσάμενος μυθήσεαι ὅττεό σε χρή.”
125ὣς εἰπὼν ἡγεῖθ᾽, δ᾽ ἕσπετο Παλλὰς Ἀθήνη.
οἱ δ᾽ ὅτε δή ῥ᾽ ἔντοσθεν ἔσαν δόμου ὑψηλοῖο,
ἔγχος μέν ῥ᾽ ἔστησε φέρων πρὸς κίονα μακρὴν
δουροδόκης ἔντοσθεν ἐυξόου, ἔνθα περ ἄλλα
ἔγχε᾽ Ὀδυσσῆος ταλασίφρονος ἵστατο πολλά,
130αὐτὴν δ᾽ ἐς θρόνον εἷσεν ἄγων, ὑπὸ λῖτα πετάσσας,
καλὸν δαιδάλεον: ὑπὸ δὲ θρῆνυς ποσὶν ἦεν.
πὰρ δ᾽ αὐτὸς κλισμὸν θέτο ποικίλον, ἔκτοθεν ἄλλων
μνηστήρων, μὴ ξεῖνος ἀνιηθεὶς ὀρυμαγδῷ
δείπνῳ ἁδήσειεν, ὑπερφιάλοισι μετελθών,
135ἠδ᾽ ἵνα μιν περὶ πατρὸς ἀποιχομένοιο ἔροιτο.
χέρνιβα δ᾽ ἀμφίπολος προχόῳ ἐπέχευε φέρουσα
καλῇ χρυσείῃ, ὑπὲρ ἀργυρέοιο λέβητος,
νίψασθαι: παρὰ δὲ ξεστὴν ἐτάνυσσε τράπεζαν.
σῖτον δ᾽ αἰδοίη ταμίη παρέθηκε φέρουσα,
140εἴδατα πόλλ᾽ ἐπιθεῖσα, χαριζομένη παρεόντων:
δαιτρὸς δὲ κρειῶν πίνακας παρέθηκεν ἀείρας
παντοίων, παρὰ δέ σφι τίθει χρύσεια κύπελλα:
κῆρυξ δ᾽ αὐτοῖσιν θάμ᾽ ἐπῴχετο οἰνοχοεύων.
ἐς δ᾽ ἦλθον μνηστῆρες ἀγήνορες. οἱ μὲν ἔπειτα
145ἑξείης ἕζοντο κατὰ κλισμούς τε θρόνους τε,
τοῖσι δὲ κήρυκες μὲν ὕδωρ ἐπὶ χεῖρας ἔχευαν,
σῖτον δὲ δμῳαὶ παρενήνεον ἐν κανέοισιν,
κοῦροι δὲ κρητῆρας ἐπεστέψαντο ποτοῖο.
οἱ δ᾽ ἐπ᾽ ὀνείαθ᾽ ἑτοῖμα προκείμενα χεῖρας ἴαλλον.
150αὐτὰρ ἐπεὶ πόσιος καὶ ἐδητύος ἐξ ἔρον ἕντο
μνηστῆρες, τοῖσιν μὲν ἐνὶ φρεσὶν ἄλλα μεμήλει,
μολπή τ᾽ ὀρχηστύς τε: τὰ γὰρ τ᾽ ἀναθήματα δαιτός:
κῆρυξ δ᾽ ἐν χερσὶν κίθαριν περικαλλέα θῆκεν
Φημίῳ, ὅς ῥ᾽ ἤειδε παρὰ μνηστῆρσιν ἀνάγκῃ.
155 τοι φορμίζων ἀνεβάλλετο καλὸν ἀείδειν.
αὐτὰρ Τηλέμαχος προσέφη γλαυκῶπιν Ἀθήνην,
ἄγχι σχὼν κεφαλήν, ἵνα μὴ πευθοίαθ᾽ οἱ ἄλλοι:
ξεῖνε φίλ᾽, καὶ μοι νεμεσήσεαι ὅττι κεν εἴπω;
τούτοισιν μὲν ταῦτα μέλει, κίθαρις καὶ ἀοιδή,
160ῥεῖ᾽, ἐπεὶ ἀλλότριον βίοτον νήποινον ἔδουσιν,
ἀνέρος, οὗ δή που λεύκ᾽ ὀστέα πύθεται ὄμβρῳ
κείμεν᾽ ἐπ᾽ ἠπείρου, εἰν ἁλὶ κῦμα κυλίνδει.
εἰ κεῖνόν γ᾽ Ἰθάκηνδε ἰδοίατο νοστήσαντα,
πάντες κ᾽ ἀρησαίατ᾽ ἐλαφρότεροι πόδας εἶναι
165 ἀφνειότεροι χρυσοῖό τε ἐσθῆτός τε.
νῦν δ᾽ μὲν ὣς ἀπόλωλε κακὸν μόρον, οὐδέ τις ἡμῖν
θαλπωρή, εἴ πέρ τις ἐπιχθονίων ἀνθρώπων
φῇσιν ἐλεύσεσθαι: τοῦ δ᾽ ὤλετο νόστιμον ἦμαρ.
ἀλλ᾽ ἄγε μοι τόδε εἰπὲ καὶ ἀτρεκέως κατάλεξον:
170τίς πόθεν εἰς ἀνδρῶν; πόθι τοι πόλις ἠδὲ τοκῆες;
ὁπποίης τ᾽ ἐπὶ νηὸς ἀφίκεο: πῶς δέ σε ναῦται
ἤγαγον εἰς Ἰθάκην; τίνες ἔμμεναι εὐχετόωντο;
οὐ μὲν γὰρ τί σε πεζὸν ὀίομαι ἐνθάδ᾽ ἱκέσθαι.
καί μοι τοῦτ᾽ ἀγόρευσον ἐτήτυμον, ὄφρ᾽ ἐὺ εἰδῶ,
175ἠὲ νέον μεθέπεις καὶ πατρώιός ἐσσι
ξεῖνος, ἐπεὶ πολλοὶ ἴσαν ἀνέρες ἡμέτερον δῶ
ἄλλοι, ἐπεὶ καὶ κεῖνος ἐπίστροφος ἦν ἀνθρώπων.”
τὸν δ᾽ αὖτε προσέειπε θεά, γλαυκῶπις Ἀθήνη:
τοιγὰρ ἐγώ τοι ταῦτα μάλ᾽ ἀτρεκέως ἀγορεύσω.
180Μέντης Ἀγχιάλοιο δαΐφρονος εὔχομαι εἶναι
υἱός, ἀτὰρ Ταφίοισι φιληρέτμοισιν ἀνάσσω.
νῦν δ᾽ ὧδε ξὺν νηὶ κατήλυθον ἠδ᾽ ἑτάροισιν
πλέων ἐπὶ οἴνοπα πόντον ἐπ᾽ ἀλλοθρόους ἀνθρώπους,
ἐς Τεμέσην μετὰ χαλκόν, ἄγω δ᾽ αἴθωνα σίδηρον.
185νηῦς δέ μοι ἥδ᾽ ἕστηκεν ἐπ᾽ ἀγροῦ νόσφι πόληος,
ἐν λιμένι Ῥείθρῳ ὑπὸ Νηίῳ ὑλήεντι.
ξεῖνοι δ᾽ ἀλλήλων πατρώιοι εὐχόμεθ᾽ εἶναι
ἐξ ἀρχῆς, εἴ πέρ τε γέροντ᾽ εἴρηαι ἐπελθὼν
Λαέρτην ἥρωα, τὸν οὐκέτι φασὶ πόλινδε
190ἔρχεσθ᾽, ἀλλ᾽ ἀπάνευθεν ἐπ᾽ ἀγροῦ πήματα πάσχειν
γρηὶ σὺν ἀμφιπόλῳ, οἱ βρῶσίν τε πόσιν τε
παρτιθεῖ, εὖτ᾽ ἄν μιν κάματος κατὰ γυῖα λάβῃσιν
ἑρπύζοντ᾽ ἀνὰ γουνὸν ἀλωῆς οἰνοπέδοιο.
νῦν δ᾽ ἦλθον: δὴ γάρ μιν ἔφαντ᾽ ἐπιδήμιον εἶναι,
195σὸν πατέρ᾽: ἀλλά νυ τόν γε θεοὶ βλάπτουσι κελεύθου.
οὐ γάρ πω τέθνηκεν ἐπὶ χθονὶ δῖος Ὀδυσσεύς,
ἀλλ᾽ ἔτι που ζωὸς κατερύκεται εὐρέι πόντῳ
νήσῳ ἐν ἀμφιρύτῃ, χαλεποὶ δέ μιν ἄνδρες ἔχουσιν
ἄγριοι, οἵ που κεῖνον ἐρυκανόως᾽ ἀέκοντα.
200αὐτὰρ νῦν τοι ἐγὼ μαντεύσομαι, ὡς ἐνὶ θυμῷ
ἀθάνατοι βάλλουσι καὶ ὡς τελέεσθαι ὀίω,
οὔτε τι μάντις ἐὼν οὔτ᾽ οἰωνῶν σάφα εἰδώς.
οὔ τοι ἔτι δηρόν γε φίλης ἀπὸ πατρίδος αἴης
ἔσσεται, οὐδ᾽ εἴ πέρ τε σιδήρεα δέσματ᾽ ἔχῃσιν:
205φράσσεται ὥς κε νέηται, ἐπεὶ πολυμήχανός ἐστιν.
ἀλλ᾽ ἄγε μοι τόδε εἰπὲ καὶ ἀτρεκέως κατάλεξον,
εἰ δὴ ἐξ αὐτοῖο τόσος πάϊς εἰς Ὀδυσῆος.
αἰνῶς μὲν κεφαλήν τε καὶ ὄμματα καλὰ ἔοικας
κείνῳ, ἐπεὶ θαμὰ τοῖον ἐμισγόμεθ᾽ ἀλλήλοισιν,
210πρίν γε τὸν ἐς Τροίην ἀναβήμεναι, ἔνθα περ ἄλλοι
Ἀργείων οἱ ἄριστοι ἔβαν κοίλῃς ἐνὶ νηυσίν:
ἐκ τοῦ δ᾽ οὔτ᾽ Ὀδυσῆα ἐγὼν ἴδον οὔτ᾽ ἔμ᾽ ἐκεῖνος.”
τὴν δ᾽ αὖ Τηλέμαχος πεπνυμένος ἀντίον ηὔδα:
τοιγὰρ ἐγώ τοι, ξεῖνε, μάλ᾽ ἀτρεκέως ἀγορεύσω.
215μήτηρ μέν τέ μέ φησι τοῦ ἔμμεναι, αὐτὰρ ἐγώ γε
οὐκ οἶδ᾽: οὐ γάρ πώ τις ἑὸν γόνον αὐτὸς ἀνέγνω.
ὡς δὴ ἐγώ γ᾽ ὄφελον μάκαρός νύ τευ ἔμμεναι υἱὸς
ἀνέρος, ὃν κτεάτεσσιν ἑοῖς ἔπι γῆρας ἔτετμε.
νῦν δ᾽ ὃς ἀποτμότατος γένετο θνητῶν ἀνθρώπων,
220τοῦ μ᾽ ἔκ φασι γενέσθαι, ἐπεὶ σύ με τοῦτ᾽ ἐρεείνεις.”
τὸν δ᾽ αὖτε προσέειπε θεά, γλαυκῶπις Ἀθήνη:
οὐ μέν τοι γενεήν γε θεοὶ νώνυμνον ὀπίσσω
θῆκαν, ἐπεὶ σέ γε τοῖον ἐγείνατο Πηνελόπεια.
ἀλλ᾽ ἄγε μοι τόδε εἰπὲ καὶ ἀτρεκέως κατάλεξον:
225τίς δαίς, τίς δὲ ὅμιλος ὅδ᾽ ἔπλετο; τίπτε δέ σε χρεώ;
εἰλαπίνη ἠὲ γάμος; ἐπεὶ οὐκ ἔρανος τάδε γ᾽ ἐστίν:
ὥς τέ μοι ὑβρίζοντες ὑπερφιάλως δοκέουσι
δαίνυσθαι κατὰ δῶμα. νεμεσσήσαιτό κεν ἀνὴρ
αἴσχεα πόλλ᾽ ὁρόων, ὅς τις πινυτός γε μετέλθοι.”
230 τὴν δ᾽ αὖ Τηλέμαχος πεπνυμένος ἀντίον ηὔδα:
ξεῖν᾽, ἐπεὶ ἂρ δὴ ταῦτά μ᾽ ἀνείρεαι ἠδὲ μεταλλᾷς,
μέλλεν μέν ποτε οἶκος ὅδ᾽ ἀφνειὸς καὶ ἀμύμων
ἔμμεναι, ὄφρ᾽ ἔτι κεῖνος ἀνὴρ ἐπιδήμιος ἦεν:
νῦν δ᾽ ἑτέρως ἐβόλοντο θεοὶ κακὰ μητιόωντες,
235οἳ κεῖνον μὲν ἄιστον ἐποίησαν περὶ πάντων
ἀνθρώπων, ἐπεὶ οὔ κε θανόντι περ ὧδ᾽ ἀκαχοίμην,
εἰ μετὰ οἷς ἑτάροισι δάμη Τρώων ἐνὶ δήμῳ,
ἠὲ φίλων ἐν χερσίν, ἐπεὶ πόλεμον τολύπευσεν.
τῷ κέν οἱ τύμβον μὲν ἐποίησαν Παναχαιοί,
240ἠδέ κε καὶ παιδὶ μέγα κλέος ἤρατ᾽ ὀπίσσω.
νῦν δέ μιν ἀκλειῶς ἅρπυιαι ἀνηρείψαντο:
οἴχετ᾽ ἄιστος ἄπυστος, ἐμοὶ δ᾽ ὀδύνας τε γόους τε
κάλλιπεν. οὐδέ τι κεῖνον ὀδυρόμενος στεναχίζω
οἶον, ἐπεί νύ μοι ἄλλα θεοὶ κακὰ κήδε᾽ ἔτευξαν.
245ὅσσοι γὰρ νήσοισιν ἐπικρατέουσιν ἄριστοι,
Δουλιχίῳ τε Σάμῃ τε καὶ ὑλήεντι Ζακύνθῳ,
ἠδ᾽ ὅσσοι κραναὴν Ἰθάκην κάτα κοιρανέουσιν,
τόσσοι μητέρ᾽ ἐμὴν μνῶνται, τρύχουσι δὲ οἶκον.
δ᾽ οὔτ᾽ ἀρνεῖται στυγερὸν γάμον οὔτε τελευτὴν
250ποιῆσαι δύναται: τοὶ δὲ φθινύθουσιν ἔδοντες
οἶκον ἐμόν: τάχα δή με διαρραίσουσι καὶ αὐτόν.”
τὸν δ᾽ ἐπαλαστήσασα προσηύδα Παλλὰς Ἀθήνη:
πόποι, δὴ πολλὸν ἀποιχομένου Ὀδυσῆος
δεύῃ, κε μνηστῆρσιν ἀναιδέσι χεῖρας ἐφείη.
255εἰ γὰρ νῦν ἐλθὼν δόμου ἐν πρώτῃσι θύρῃσι
σταίη, ἔχων πήληκα καὶ ἀσπίδα καὶ δύο δοῦρε,
τοῖος ἐὼν οἷόν μιν ἐγὼ τὰ πρῶτ᾽ ἐνόησα
οἴκῳ ἐν ἡμετέρῳ πίνοντά τε τερπόμενόν τε,
260ἐξ Ἐφύρης ἀνιόντα παρ᾽ Ἴλου Μερμερίδαο
ᾤχετο γὰρ καὶ κεῖσε θοῆς ἐπὶ νηὸς Ὀδυσσεὺς
φάρμακον ἀνδροφόνον διζήμενος, ὄφρα οἱ εἴη
ἰοὺς χρίεσθαι χαλκήρεας: ἀλλ᾽ μὲν οὔ οἱ
δῶκεν, ἐπεί ῥα θεοὺς νεμεσίζετο αἰὲν ἐόντας,
265ἀλλὰ πατήρ οἱ δῶκεν ἐμός: φιλέεσκε γὰρ αἰνῶς
τοῖος ἐὼν μνηστῆρσιν ὁμιλήσειεν Ὀδυσσεύς:
πάντες κ᾽ ὠκύμοροί τε γενοίατο πικρόγαμοί τε.
ἀλλ᾽ τοι μὲν ταῦτα θεῶν ἐν γούνασι κεῖται,
κεν νοστήσας ἀποτίσεται, ἦε καὶ οὐκί,
οἷσιν ἐνὶ μεγάροισι: σὲ δὲ φράζεσθαι ἄνωγα,
270ὅππως κε μνηστῆρας ἀπώσεαι ἐκ μεγάροιο.
εἰ δ᾽ ἄγε νῦν ξυνίει καὶ ἐμῶν ἐμπάζεο μύθων:
αὔριον εἰς ἀγορὴν καλέσας ἥρωας Ἀχαιοὺς
μῦθον πέφραδε πᾶσι, θεοὶ δ᾽ ἐπὶ μάρτυροι ἔστων.
μνηστῆρας μὲν ἐπὶ σφέτερα σκίδνασθαι ἄνωχθι,
275μητέρα δ᾽, εἴ οἱ θυμὸς ἐφορμᾶται γαμέεσθαι,
ἂψ ἴτω ἐς μέγαρον πατρὸς μέγα δυναμένοιο:
οἱ δὲ γάμον τεύξουσι καὶ ἀρτυνέουσιν ἔεδνα
πολλὰ μάλ᾽, ὅσσα ἔοικε φίλης ἐπὶ παιδὸς ἕπεσθαι.
σοὶ δ᾽ αὐτῷ πυκινῶς ὑποθήσομαι, αἴ κε πίθηαι:
280νῆ᾽ ἄρσας ἐρέτῃσιν ἐείκοσιν, τις ἀρίστη,
ἔρχεο πευσόμενος πατρὸς δὴν οἰχομένοιο,
ἤν τίς τοι εἴπῃσι βροτῶν, ὄσσαν ἀκούσῃς
ἐκ Διός, τε μάλιστα φέρει κλέος ἀνθρώποισι.
πρῶτα μὲν ἐς Πύλον ἐλθὲ καὶ εἴρεο Νέστορα δῖον,
285κεῖθεν δὲ Σπάρτηνδε παρὰ ξανθὸν Μενέλαον:
ὃς γὰρ δεύτατος ἦλθεν Ἀχαιῶν χαλκοχιτώνων.
εἰ μέν κεν πατρὸς βίοτον καὶ νόστον ἀκούσῃς,
τ᾽ ἂν τρυχόμενός περ ἔτι τλαίης ἐνιαυτόν:
εἰ δέ κε τεθνηῶτος ἀκούσῃς μηδ᾽ ἔτ᾽ ἐόντος,
290νοστήσας δὴ ἔπειτα φίλην ἐς πατρίδα γαῖαν
σῆμά τέ οἱ χεῦαι καὶ ἐπὶ κτέρεα κτερεΐξαι
πολλὰ μάλ᾽, ὅσσα ἔοικε, καὶ ἀνέρι μητέρα δοῦναι.
αὐτὰρ ἐπὴν δὴ ταῦτα τελευτήσῃς τε καὶ ἔρξῃς,
φράζεσθαι δὴ ἔπειτα κατὰ φρένα καὶ κατὰ θυμὸν
295ὅππως κε μνηστῆρας ἐνὶ μεγάροισι τεοῖσι
κτείνῃς ἠὲ δόλῳ ἀμφαδόν: οὐδέ τί σε χρὴ
νηπιάας ὀχέειν, ἐπεὶ οὐκέτι τηλίκος ἐσσι.
οὐκ ἀίεις οἷον κλέος ἔλλαβε δῖος Ὀρέστης
πάντας ἐπ᾽ ἀνθρώπους, ἐπεὶ ἔκτανε πατροφονῆα,
300Αἴγισθον δολόμητιν, οἱ πατέρα κλυτὸν ἔκτα;
καὶ σύ, φίλος, μάλα γάρ ς᾽ ὁρόω καλόν τε μέγαν τε,
ἄλκιμος ἔσς᾽, ἵνα τίς σε καὶ ὀψιγόνων ἐὺ εἴπῃ.
αὐτὰρ ἐγὼν ἐπὶ νῆα θοὴν κατελεύσομαι ἤδη
ἠδ᾽ ἑτάρους, οἵ πού με μάλ᾽ ἀσχαλόωσι μένοντες:
305σοὶ δ᾽ αὐτῷ μελέτω, καὶ ἐμῶν ἐμπάζεο μύθων.”
τὴν δ᾽ αὖ Τηλέμαχος πεπνυμένος ἀντίον ηὔδα:
ξεῖν᾽, τοι μὲν ταῦτα φίλα φρονέων ἀγορεύεις,
ὥς τε πατὴρ παιδί, καὶ οὔ ποτε λήσομαι αὐτῶν.
ἀλλ᾽ ἄγε νῦν ἐπίμεινον, ἐπειγόμενός περ ὁδοῖο,
310ὄφρα λοεσσάμενός τε τεταρπόμενός τε φίλον κῆρ,
δῶρον ἔχων ἐπὶ νῆα κίῃς, χαίρων ἐνὶ θυμῷ,
τιμῆεν, μάλα καλόν, τοι κειμήλιον ἔσται
ἐξ ἐμεῦ, οἷα φίλοι ξεῖνοι ξείνοισι διδοῦσι.”
τὸν δ᾽ ἠμείβετ᾽ ἔπειτα θεά, γλαυκῶπις Ἀθήνη:
315μή μ᾽ ἔτι νῦν κατέρυκε, λιλαιόμενόν περ ὁδοῖο.
δῶρον δ᾽ ὅττι κέ μοι δοῦναι φίλον ἦτορ ἀνώγῃ,
αὖτις ἀνερχομένῳ δόμεναι οἶκόνδε φέρεσθαι,
καὶ μάλα καλὸν ἑλών: σοὶ δ᾽ ἄξιον ἔσται ἀμοιβῆς.”
μὲν ἄρ᾽ ὣς εἰποῦς᾽ ἀπέβη γλαυκῶπις Ἀθήνη,
320ὄρνις δ᾽ ὣς ἀνόπαια διέπτατο: τῷ δ᾽ ἐνὶ θυμῷ
θῆκε μένος καὶ θάρσος, ὑπέμνησέν τέ πατρὸς
μᾶλλον ἔτ᾽ τὸ πάροιθεν. δὲ φρεσὶν ᾗσι νοήσας
θάμβησεν κατὰ θυμόν: ὀίσατο γὰρ θεὸν εἶναι.
αὐτίκα δὲ μνηστῆρας ἐπῴχετο ἰσόθεος φώς.
325 τοῖσι δ᾽ ἀοιδὸς ἄειδε περικλυτός, οἱ δὲ σιωπῇ
ἥατ᾽ ἀκούοντες: δ᾽ Ἀχαιῶν νόστον ἄειδε
λυγρόν, ὃν ἐκ Τροίης ἐπετείλατο Παλλὰς Ἀθήνη.
τοῦ δ᾽ ὑπερωιόθεν φρεσὶ σύνθετο θέσπιν ἀοιδὴν
κούρη Ἰκαρίοιο, περίφρων Πηνελόπεια:
330κλίμακα δ᾽ ὑψηλὴν κατεβήσετο οἷο δόμοιο,
οὐκ οἴη, ἅμα τῇ γε καὶ ἀμφίπολοι δύ᾽ ἕποντο.
δ᾽ ὅτε δὴ μνηστῆρας ἀφίκετο δῖα γυναικῶν,
στῆ ῥα παρὰ σταθμὸν τέγεος πύκα ποιητοῖο,
ἄντα παρειάων σχομένη λιπαρὰ κρήδεμνα:
335ἀμφίπολος δ᾽ ἄρα οἱ κεδνὴ ἑκάτερθε παρέστη.
δακρύσασα δ᾽ ἔπειτα προσηύδα θεῖον ἀοιδόν:
Φήμιε, πολλὰ γὰρ ἄλλα βροτῶν θελκτήρια οἶδας,
ἔργ᾽ ἀνδρῶν τε θεῶν τε, τά τε κλείουσιν ἀοιδοί:
τῶν ἕν γέ σφιν ἄειδε παρήμενος, οἱ δὲ σιωπῇ
340οἶνον πινόντων: ταύτης δ᾽ ἀποπαύε᾽ ἀοιδῆς
λυγρῆς, τέ μοι αἰεὶ ἐνὶ στήθεσσι φίλον κῆρ
τείρει, ἐπεί με μάλιστα καθίκετο πένθος ἄλαστον.
τοίην γὰρ κεφαλὴν ποθέω μεμνημένη αἰεί,
ἀνδρός, τοῦ κλέος εὐρὺ καθ᾽ Ἑλλάδα καὶ μέσον Ἄργος.”
345 τὴν δ᾽ αὖ Τηλέμαχος πεπνυμένος ἀντίον ηὔδα:
μῆτερ ἐμή, τί τ᾽ ἄρα φθονέεις ἐρίηρον ἀοιδὸν
τέρπειν ὅππῃ οἱ νόος ὄρνυται; οὔ νύ τ᾽ ἀοιδοὶ
αἴτιοι, ἀλλά ποθι Ζεὺς αἴτιος, ὅς τε δίδωσιν
ἀνδράσιν ἀλφηστῇσιν, ὅπως ἐθέλῃσιν, ἑκάστῳ.
350τούτῳ δ᾽ οὐ νέμεσις Δαναῶν κακὸν οἶτον ἀείδειν:
τὴν γὰρ ἀοιδὴν μᾶλλον ἐπικλείους᾽ ἄνθρωποι,
τις ἀκουόντεσσι νεωτάτη ἀμφιπέληται.
σοί δ᾽ ἐπιτολμάτω κραδίη καὶ θυμὸς ἀκούειν:
οὐ γὰρ Ὀδυσσεὺς οἶος ἀπώλεσε νόστιμον ἦμαρ
355ἐν Τροίῃ, πολλοὶ δὲ καὶ ἄλλοι φῶτες ὄλοντο.
ἀλλ᾽ εἰς οἶκον ἰοῦσα τὰ ς᾽ αὐτῆς ἔργα κόμιζε,
ἱστόν τ᾽ ἠλακάτην τε, καὶ ἀμφιπόλοισι κέλευε
ἔργον ἐποίχεσθαι: μῦθος δ᾽ ἄνδρεσσι μελήσει
πᾶσι, μάλιστα δ᾽ ἐμοί: τοῦ γὰρ κράτος ἔστ᾽ ἐνὶ οἴκῳ.”
360 μὲν θαμβήσασα πάλιν οἶκόνδε βεβήκει:
παιδὸς γὰρ μῦθον πεπνυμένον ἔνθετο θυμῷ.
ἐς δ᾽ ὑπερῷ᾽ ἀναβᾶσα σὺν ἀμφιπόλοισι γυναιξὶ
κλαῖεν ἔπειτ᾽ Ὀδυσῆα φίλον πόσιν, ὄφρα οἱ ὕπνον
ἡδὺν ἐπὶ βλεφάροισι βάλε γλαυκῶπις Ἀθήνη.
365 μνηστῆρες δ᾽ ὁμάδησαν ἀνὰ μέγαρα σκιόεντα,
πάντες δ᾽ ἠρήσαντο παραὶ λεχέεσσι κλιθῆναι.
τοῖσι δὲ Τηλέμαχος πεπνυμένος ἤρχετο μύθων:
μητρὸς ἐμῆς μνηστῆρες ὑπέρβιον ὕβριν ἔχοντες,
νῦν μὲν δαινύμενοι τερπώμεθα, μηδὲ βοητὺς
370ἔστω, ἐπεὶ τόδε καλὸν ἀκουέμεν ἐστὶν ἀοιδοῦ
τοιοῦδ᾽ οἷος ὅδ᾽ ἐστί, θεοῖς ἐναλίγκιος αὐδήν.
ἠῶθεν δ᾽ ἀγορήνδε καθεζώμεσθα κιόντες
πάντες, ἵν᾽ ὕμιν μῦθον ἀπηλεγέως ἀποείπω,
ἐξιέναι μεγάρων: ἄλλας δ᾽ ἀλεγύνετε δαῖτας,
375ὑμὰ κτήματ᾽ ἔδοντες, ἀμειβόμενοι κατὰ οἴκους.
εἰ δ᾽ ὕμιν δοκέει τόδε λωίτερον καὶ ἄμεινον
ἔμμεναι, ἀνδρὸς ἑνὸς βίοτον νήποινον ὀλέσθαι,
κείρετ᾽: ἐγὼ δὲ θεοὺς ἐπιβώσομαι αἰὲν ἐόντας,
αἴ κέ ποθι Ζεὺς δῷσι παλίντιτα ἔργα γενέσθαι:
380νήποινοί κεν ἔπειτα δόμων ἔντοσθεν ὄλοισθε.”
ὣς ἔφαθ᾽, οἱ δ᾽ ἄρα πάντες ὀδὰξ ἐν χείλεσι φύντες
Τηλέμαχον θαύμαζον, θαρσαλέως ἀγόρευεν.
τὸν δ᾽ αὖτ᾽ Ἀντίνοος προσέφη, Εὐπείθεος υἱός:
Τηλέμαχ᾽, μάλα δή σε διδάσκουσιν θεοὶ αὐτοὶ
385ὑψαγόρην τ᾽ ἔμεναι καὶ θαρσαλέως ἀγορεύειν:
μὴ σέ γ᾽ ἐν ἀμφιάλῳ Ἰθάκῃ βασιλῆα Κρονίων
ποιήσειεν, τοι γενεῇ πατρώιόν ἐστιν.”
τὸν δ᾽ αὖ Τηλέμαχος πεπνυμένος ἀντίον ηὔδα:
Ἀντίνο᾽, καί μοι νεμεσήσεαι ὅττι κεν εἴπω;
390καὶ κεν τοῦτ᾽ ἐθέλοιμι Διός γε διδόντος ἀρέσθαι.
φῂς τοῦτο κάκιστον ἐν ἀνθρώποισι τετύχθαι;
οὐ μὲν γάρ τι κακὸν βασιλευέμεν: αἶψά τέ οἱ δῶ
ἀφνειὸν πέλεται καὶ τιμηέστερος αὐτός.
ἀλλ᾽ τοι βασιλῆες Ἀχαιῶν εἰσὶ καὶ ἄλλοι
395πολλοὶ ἐν ἀμφιάλῳ Ἰθάκῃ, νέοι ἠδὲ παλαιοί,
τῶν κέν τις τόδ᾽ ἔχῃσιν, ἐπεὶ θάνε δῖος Ὀδυσσεύς:
αὐτὰρ ἐγὼν οἴκοιο ἄναξ ἔσομ᾽ ἡμετέροιο
καὶ δμώων, οὕς μοι ληίσσατο δῖος Ὀδυσσεύς.”
τὸν δ᾽ αὖτ᾽ Εὐρύμαχος Πολύβου πάϊς ἀντίον ηὔδα:
400Τηλέμαχ᾽, τοι ταῦτα θεῶν ἐν γούνασι κεῖται,
ὅς τις ἐν ἀμφιάλῳ Ἰθάκῃ βασιλεύσει Ἀχαιῶν:
κτήματα δ᾽ αὐτὸς ἔχοις καὶ δώμασιν οἷσιν ἀνάσσοις.
μὴ γὰρ γ᾽ ἔλθοι ἀνὴρ ὅς τίς ς᾽ ἀέκοντα βίηφιν
κτήματ᾽ ἀπορραίσει, Ἰθάκης ἔτι ναιετοώσης.
405ἀλλ᾽ ἐθέλω σε, φέριστε, περὶ ξείνοιο ἐρέσθαι,
ὁππόθεν οὗτος ἀνήρ, ποίης δ᾽ ἐξ εὔχεται εἶναι
γαίης, ποῦ δέ νύ οἱ γενεὴ καὶ πατρὶς ἄρουρα.
ἠέ τιν᾽ ἀγγελίην πατρὸς φέρει ἐρχομένοιο,
ἑὸν αὐτοῦ χρεῖος ἐελδόμενος τόδ᾽ ἱκάνει;
410οἷον ἀναΐξας ἄφαρ οἴχεται, οὐδ᾽ ὑπέμεινε
γνώμεναι: οὐ μὲν γάρ τι κακῷ εἰς ὦπα ἐῴκει.”
τὸν δ᾽ αὖ Τηλέμαχος πεπνυμένος ἀντίον ηὔδα:
Εὐρύμαχ᾽, τοι νόστος ἀπώλετο πατρὸς ἐμοῖο:
οὔτ᾽ οὖν ἀγγελίῃ ἔτι πείθομαι, εἴ ποθεν ἔλθοι,
415οὔτε θεοπροπίης ἐμπάζομαι, ἥν τινα μήτηρ
ἐς μέγαρον καλέσασα θεοπρόπον ἐξερέηται.
ξεῖνος δ᾽ οὗτος ἐμὸς πατρώιος ἐκ Τάφου ἐστίν,
Μέντης δ᾽ Ἀγχιάλοιο δαΐφρονος εὔχεται εἶναι
υἱός, ἀτὰρ Ταφίοισι φιληρέτμοισιν ἀνάσσει.”
420 ὣς φάτο Τηλέμαχος, φρεσὶ δ᾽ ἀθανάτην θεὸν ἔγνω.
οἱ δ᾽ εἰς ὀρχηστύν τε καὶ ἱμερόεσσαν ἀοιδὴν
τρεψάμενοι τέρποντο, μένον δ᾽ ἐπὶ ἕσπερον ἐλθεῖν.
τοῖσι δὲ τερπομένοισι μέλας ἐπὶ ἕσπερος ἦλθε:
δὴ τότε κακκείοντες ἔβαν οἶκόνδε ἕκαστος.
425Τηλέμαχος δ᾽, ὅθι οἱ θάλαμος περικαλλέος αὐλῆς
ὑψηλὸς δέδμητο περισκέπτῳ ἐνὶ χώρῳ,
ἔνθ᾽ ἔβη εἰς εὐνὴν πολλὰ φρεσὶ μερμηρίζων.
τῷ δ᾽ ἄρ᾽ ἅμ᾽ αἰθομένας δαΐδας φέρε κεδνὰ ἰδυῖα
Εὐρύκλει᾽, Ὦπος θυγάτηρ Πεισηνορίδαο,
430τήν ποτε Λαέρτης πρίατο κτεάτεσσιν ἑοῖσιν
πρωθήβην ἔτ᾽ ἐοῦσαν, ἐεικοσάβοια δ᾽ ἔδωκεν,
ἶσα δέ μιν κεδνῇ ἀλόχῳ τίεν ἐν μεγάροισιν,
εὐνῇ δ᾽ οὔ ποτ᾽ ἔμικτο, χόλον δ᾽ ἀλέεινε γυναικός:
οἱ ἅμ᾽ αἰθομένας δαΐδας φέρε, καί μάλιστα
435δμῳάων φιλέεσκε, καὶ ἔτρεφε τυτθὸν ἐόντα.
ὤιξεν δὲ θύρας θαλάμου πύκα ποιητοῖο,
ἕζετο δ᾽ ἐν λέκτρῳ, μαλακὸν δ᾽ ἔκδυνε χιτῶνα:
καὶ τὸν μὲν γραίης πυκιμηδέος ἔμβαλε χερσίν.
μὲν τὸν πτύξασα καὶ ἀσκήσασα χιτῶνα,
440πασσάλῳ ἀγκρεμάσασα παρὰ τρητοῖσι λέχεσσι
βῆ ῥ᾽ ἴμεν ἐκ θαλάμοιο, θύρην δ᾽ ἐπέρυσσε κορώνῃ
ἀργυρέῃ, ἐπὶ δὲ κληῖδ᾽ ἐτάνυσσεν ἱμάντι.
ἔνθ᾽ γε παννύχιος, κεκαλυμμένος οἰὸς ἀώτῳ,
βούλευε φρεσὶν ᾗσιν ὁδὸν τὴν πέφραδ᾽ Ἀθήνη.